mercredi 7 septembre 2022

MAIS QU'EST-CE QUI FAIT SENS AUJOURD'HUI DANS LE SPORT ?

“Bouger plus”, c'est le grand leitmotiv du moment.  


Ici, ce sont des injonctions à "mettre les français au sport".


Là, on stigmatise au choix et selon le prescripteur : les adolescents, les gros, les femmes, les enfants, les vieux, les ouvriers, les ruraux, les cadres, les jeunes de banlieues, parce que nous sommes trop gros, trop inactifs, trop couteux pour la sécu, trop peu productifs dans nos entreprises, trop sédentaires, trop pas comme il faut...


Et donc pour nous inciter à être plus comme il faut, on a inventé le “Bouger plus” .


Pour l'instant ça ne marche pas vraiment parce que probablement nous, les Français sommes un peu retords.


Mais à y regarder d'un peu plus près, c'est quoi ce concept de “Bouger plus”  ?


Ce n'est pas très précis, c'est même assez vide de sens.


Pour les enseignants d'EPS (qui sont en première ligne pour le “Bouger plus” de petits Français) ce serait une manière de "gigotage"...


Bref un truc qui n'a guère de sens et qui surtout ne fait pas vraiment sens pour personne en fait, pas même je pense pour ses promoteurs qui sont parfois bien en peine d'en expliquer le sens.


Dans une période où la perte de sens est générale, ce qui occasionne souffrances et fuites diverses : travail, ville, couple, et donc où la quête d'un sens retrouvé est au coeur des préoccupations, proposer un machin qui n'est pas porteur de sens, a-t-il du sens ?


On nous dirait "venez prendre du plaisir avec vos amis en faisant du sport, en venant jouer, en venant prendre des risques, expérimentez vos limites, vous mettre vous-même au défi de...,", là peut-être un début de construction de quelque chose qui a du sens aurait pu s'entrevoir. 


Mais non, comme on y met beaucoup d'argent public, il ne saurait être question de plaisir ou d’expérience ludique, faut que ce soit utile, sérieux, quantifiable, évaluable...


Sauf que les trucs utiles mais qui n'ont pas de sens ou qui n'aide pas à construire du sens, n'ont pas vraiment de saveur alors on le fait une fois ou deux et puis on passe à autre chose, on zappe, on ne s'attarde pas à ce machin auquel on voudrait nous contraindre alors qu'il ne fait pas sens pour nous.


Mais qu'est-ce qui fait sens ? 


Sur quoi aujourd'hui une fédération sportive peut-elle s'appuyer pour faire évoluer son offre de pratiques quand elle voit son nombre d'adhérents fondre ? 


Comme les collectivités territoriales doivent-elles penser leurs nouveaux équipements pour qu'ils fassent sens aux yeux des habitants ?


C'est l'un de nos principaux sujets de réflexion depuis quelques années : comprendre les imaginaires (i.e. ce qui fait sens) pour construire de nouveaux récits (i.e. construire le sens de l'action).


Il manquait à notre travail de réflexion un outil et donc en collaboration avec un cabinet d'étude plutôt sérieux, nous lançons un "Baromètre des Nouveaux Imaginaires Sportifs ®"

vendredi 2 septembre 2022

C'EST QUOI UN ÉQUIPEMENT SPORTIF AUJOURD'HUI ?

L'exposition "Soutenir. Ville, architecture et soin" au Pavillon de l'Arsenal se tient encore jusqu'au 25 septembre.


Le petit monde du sport gagnerait à s'y intéresser.


On peut y lire cette citation du géographe Michel Lussault


"Là où la construction apparaît comme l'activité reine des stratégies urbaines, il faudrait substituer un prendre soin du déjà-là (humain et non humain), un réemploi des choses, des objets et des bâtiments, une réparation systématique, même si celle-ci est proche du rafistolage. 


À l'empire de l'optimalité fonctionnelle et de la croissance sans limite, le prendre soin promeut la créativité du ravaudage, de la ré-interprétation, du recyclage et, au passage, pourrait permettre que les habitants, en devenant ainsi des acteurs de cette pragmatique du soin, se ré-approprient une bonne partie de leur pouvoir d'agir au service d'une société plus juste."


À l'heure où le plan 5000 équipements sportifs de l'Agence nationale du Sport se déploie, où d'aucuns appellent à un plan Marshall pour les équipements sportifs, cette réflexion de Michel Lussault nous offre une intéressante manière d'aborder la question des équipements sportifs, de leur conception, de leur construction, de leur rénovation (qui n'est pas nécessairement qu'énergétique). 


Ce pourrait être une belle occasion de s'interroger sur la manière de parler à celles ou ceux que l'on voudrait voir faire du sport et qui n'en font pas (voir ) de les inviter poliment de venir prendre du plaisir à faire du sport, mais aussi et pourquoi pas, de la danse, de la musique...


Patrick Bayeux nous rappelle opportunément (voir  ) que GAME au Danemark s'est saisi de ce principe du "prendre soin du déjà-là" pour créer des espaces de sports urbains Street Mekkas à partir de friches industrielles dont la vocation au-delà de faciliter les activités physiques, est de développer la citoyenneté par l'éducation au leadership et surtout l'engagement et la participation à la prise de décision des plus jeunes, ce que l'on appelle désormais empowerment et ce, avec un succès qui ne se dément pas, années après années, au Danemark certes mais également en Jordanie, en Tunisie, au Liban, en Norvège ou en Somalie.

mardi 30 août 2022

“ENTRAÎNER POUR ... ” OU “ACCOMPAGNER AUX ... ” ?

L'été sportif aura été intéressant, tantôt enthousiasmant tantôt très enthousiasmant, parfois décevant aussi, il en va ainsi du sport et de la quête de performance.


L'un des leitmotiv qu'on nous a servi à l'envi durant les retransmissions télévisées (de qualité grâce au service public), c'est la référence à Paris 2024 et dès après les compétitions réussies ou non, chacun y est allé de son : "nous allons accompagner au mieux (parfois nous allons mieux accompagner, la nuance n'est pas nulle) les sportives ou les sportifs dans la perspective des JO de Paris 2024".


On notera qu'on n'a pas entendu "nous allons entraîner au mieux ou mieux entraîner...".


Non. 


L'idée aujourd'hui est surtout d'accompagner, entraîner n'étant qu'une sous-activité de l'accompagnement, avec tout ce que cela suppose de complexification dans les chaines de décisions et/ou hiérarchiques.


On va dire que l’on pinaille, que l’on joue sur les mots, mais cette dérive sémantique est bien réelle. 


Le nombre d'"accompagnants" a considérablement augmenté dans l'entourage des sportifs depuis quelques années pas vraiment le nombre d'entraîneurs. 


Nous disons "accompagnant" plutôt qu'"accompagnateur" à dessein et par analogie avec un autre secteur d'activités où ce concept s'est également développé de manière importante ces dernières années, avec les même ressorts et les mêmes dynamiques internes. Cela devrait nous pousser à réfléchir...


Entre entrainer et accompagner, on sent l'écart de dynamique qu'il peut y avoir, le mouvement général n'est pas le même.


On accompagne, donc.


On va accompagner dans la perspective de réussir les JO de Paris 2024 et chacun des accompagnants, dont une petite minorité désormais entraîne, va essayer d'exister auprès du champion, d'être utile, décisif, indispensable, incontournable, évident... 


Car à la clé, il y a potentiellement l'accréditation, ce sésame qui permet d'en être, le moment venu. 


On n'imagine pas comment d'ores et déjà, les ambitions d'obtenir une "accrède" sont palpables chez nombre d'accompagnants...


Dans ce grand jeu de stratégie pas toujours au service des sportifs, se rendre utile, décisif etc (voir plus haut) conduit parfois (souvent?) et de manière plus ou moins consciente, à créer de la dépendance chez le sportif.


Là où et on le voit bien à la lecture du taux de conversion des médailles obtenues en compétitions de référence, en médailles olympiques, faible pour ce qui concerne la France (parfois guère plus de x0,2 quand d'autres pays sont à x0,6 ou x0,8 voir plus de x1).


C'est d'autonomie et de leadership pour les sportifs et pour ceux qui les entraînent dont nous devrions parler.


Au passage il est intéressant de noter que c'est chez ceux qui sont un peu les premiers de la classe dans le sport français, la Fédération française de handball, qu'on s'est sérieusement penché sur la question du leadership ces derniers temps. On n'est probablement pas premier de la classe sans raison... 

lundi 25 juillet 2022

ET SI CERTAINES PRATIQUES SPORTIVES DEVENAIENT SOCIALEMENT INSUPPORTABLES ?

On s'agace ici ou là, voire même on est révolté, depuis la diffusion d'un reportage sur BFM de gens qui font du ski indoor par moins 5°c quand dehors la canicule règne - voir,


On a raison.


Ce qui est intéressant ici, et le phénomène n'est pas nécessairement nouveau, c'est que la non-acceptabilité de certains comportements sociaux prend un écho particulier, de plus en plus important et singulièrement concernant les pratiques sportives


Est-il acceptable de pratiquer des sports d'hivers en plein été alors que qu'on appelle un peu partout à la mobilisation pour lutter contre le réchauffement climatique qui menace notre mode de vie ?


Comment le monde du sport va-t-il prendre en compte cette évolution ? 


Quelles pratiques sportives vont-elles devenir inacceptables dans les mois ou les années à venir ? 


Quels événements sportifs vont-ils disparaître car devenus insupportables socialement ?


Le sport est un phénomène "jeune" à l'échelle de l'Homme : moins de 200 ans, pour autant si ces évolutions "cosmétiques" sont permanentes et rapides depuis qu'il existe, ses évolutions "paradigmatiques" sont lentes et se heurtent à une forte inertie. 


L'exemple de la transition numérique est de ce point de vue intéressant, alors que depuis quelques dizaines d'années seulement notre monde s'est massivement dématérialisé, le sport et ses institutions n'ont pas engagé de réelles évolutions se concentrant à essayer de rester ce qu'ils sont et ont toujours été, en numérisant leur passé mais en se refusant majoritairement à se penser, se réinventer dans un monde qui a changé (manque d'imagination, de créativité ou aveuglement ?) .


Comment ce monde très exposé et très observé qu'est le monde du sport va-t-il se saisir de la nécessaire évolution (révolution ?) que le monde qui vient va lui imposer ? 


Va-t-il adopter de nouveaux comportements, de nouvelles manières d'être au monde, être un éclaireur de nouveaux comportements socialement responsables ? 


Ou va-t-il regarder les évolutions sans y prendre part pour in fine essayer de s'adapter vaille que vaille quand il sera déjà trop tard ? 


Qui seront les nouveaux acteurs qui se substitueront aux acteurs actuels qui n'auront pas su ou pas voulu penser leur évolution ? 


Parce que ne nous y trompons pas, si pour occuper le terrain il faut un comportement socialement acceptable, d'aucuns se positionneront (se positionnent déjà ?) dans ce type de comportement pour occuper la place, en lieu et place de ceux qui ne veulent pas changer...


La crise climatique et la crise sociale qui lui est inhérente, ce n'est pas comme si c'était un peu de poussière qu'on peut innocemment mettre sous le tapis ! 


Dans le sport comme ailleurs...

mercredi 20 juillet 2022

ET SI ON ARRÉTAIT DE TOUT ATTENDRE DE PARIS 2024 ?

Réunions après réunions, communiqués après communiqués, séminaires après séminaires, il nous semble que notre appréhension des Jeux Olympiques ait rétréci peu à peu notre horizon.

On espère se tromper, mais on peut aussi malheureusement craindre que non... 


Paris 2024 a pris une dimension thaumaturgique.  


Paris 2024 est devenu LA réponse presque exclusive à tous les défis :


La performance ? = Paris 2024 !


Le sport pour tous ? = Paris 2024 !


Le sport des villes ? = Paris 2024 !


La santé par le sport ? = Paris 2024 !


L'aisance aquatique ? = Paris 2024 !


Le sport des campagnes ? = Paris 2024 !


Le lien social ? = Paris 2024 !


Savoir rouler à vélo ? = Paris 2024 !


...


Cette petite liste n'est malheureusement pas exhaustive et on pourrait continuer ainsi, à l'envi, tant Paris 2024 devient une sorte de leitmotiv systématique dès qu'on parle de sport avec l'un ou l'autre de celles ou ceux qui pilotent le sport français.


C'est un risque, le risque de décevoir au-delà même de ce qu'on imagine mais aussi un risque et celui-ci n'est pas anodin, de créer du rejet, un rejet palpable d'ores et déjà pour qui ne vit pas hors du monde de tous les jours, de notre société française plus "fracassée" socialement qu'on ne veut bien le voir.


Le sport qui fédère peut apporter sa pierre à l'édifice d'une vie meilleure mais pour cela il lui faudrait élargir son horizon, développer de Nouveaux Grands Récits et parler au plus grand nombre.


Il y a quelques jours le COJO a lancé le recrutement de "plumes" : "des profils qui ont le goût de l’écriture, le sens de la formule, et l’envie de parler non seulement de sport, mais aussi de culture, d’environnement, d’emploi, d’économie sociale et solidaire, d’engagement…" 


C'est intéressant, le besoin d'un storytelling renouvelé est plus que nécessaire pour Paris 2024


Londres 2012 avait engagé son récit mobilisateur environ 18 mois avant le début des Jeux Olympiques, il n'est donc peut-être pas trop tard et ce, malgré une situation au combien différente : climat, guerre en Europe, inflation, pandémie...


Ce sont actuellement plutôt les commerçants qui assurent ce besoin de Nouveaux Grands Récits : Nike, Patagonia voir, depuis peu, Decathlon


Les grandes institutions sportives mondiales quant à elles, CIO ou FIFA, n'ont pas vraiment une contribution notablement positive dans ce domaine. 


C'est donc une formidable opportunité pour Paris 2024, à condition toutefois de ne pas naïvement penser que Paris 2024 puisse occuper tout l'horizon...

lundi 11 juillet 2022

PAS DE SPORT SANS ARBITRE ?

Conseil de lecture : les documents produits par les acteurs du projet ONSIDE, projet financé par l'Union Européenne et coordonné par EOSE - European Observatoire of Sport and Employment qui a mobilisé 11 partenaires dans 9 États de l'Union. 


C'est à lire .


Pourquoi c'est à lire, d'abord parce que c'est très bien fait, il y a des documents de formation très pratiques et qui peuvent grandement aider les acteurs du sport.


Mais c'est à lire également parce que, ici ou là, il y a des phrases, des mots qui nous surprennent 

"Promouvoir et développer le rôle vital des juges et des arbitres sportifs", oui on lit bien ici “vital” ...


"Pas de juge ou d'arbitre = pas de sport" ?... 


Ça ne choque que nous ce type d'affirmation ?


Peut-être après tout...


Qu'est que ces mots disent de notre société ? 


Qu'est-ce qu'ils disent du monde du sport ?


Dans un monde du sport qui réfléchit aujourd'hui à la façon dont il répond aux attentes de la société, qui se pose la question de ses valeurs, de son rapport à la performance et de son devenir, qui est confronté à ce que toute la société vit actuellement dans son rapport au collectif jadis essentiellement fait d’adhésion aujourd'hui fait de plus en plus de désertion ou consommation voire même de rébellion, ces mots, ces affirmations donnent à réfléchir...


Ils sont peut-être à mettre en rapport avec le glissement continu de nos sociétés occidentales, construites à l'origine sur un idéal de liberté, mais qui s'en éloignent peu à peu pour devenir des sociétés de Droits qu'ils soient individuels ou collectifs. Et ça n'est pas anodin car, quand le pouvoir substitue la violence à la force pour faire respecter le droit, on voit vers quels funestes destins cela peut mener.


Est-ce cela que nous voulons ?


Cela mérite à tout le moins qu'on y réfléchisse un peu.

lundi 4 juillet 2022

ET SI ON ARRÊTAIT AVEC CETTE IDÉE QUE LA FRANCE N'ÉTAIT PAS UNE NATION SPORTIVE ?

Depuis quelques années, l'objectif annoncé et régulièrement revendiqué par celles ou ceux qui nous dirigent est de faire de la France une nation sportive, ce qui signifierait que la France ne serait pas une nation sportive, idée que nous réfutons tant elle apparaît totalement controuvée, personne n'ayant par ailleurs jamais défini ce que pourrait bien être une nation sportive et une qui ne le serait pas...


Pour autant au fil du temps cette idée s'est peu à peu muée en une idéologie qui s'est installée dans le paysage et semble vouloir y faire florès.


Comme toute idéologie, peu à peu, elle nous éloigne du réel.


L'observation du fait sportif, au service de cette idéologie, en ignorant des pans entiers de la vie des français et en se concentrant sur les licences sportives, accentue, études après études cette déconnexion du réel.


Il est vrai qu'il n'est pas aisé d'évaluer, même de façon approximative, les pratiques non organisées ou organisées hors du champ des institutions habituelles : mouvement sportif, école ou collectivités territoriales. 


Certains ont bien essayé de corréler la vente de chaussures de sport avec la pratique sportive, mais c'est à peu près aussi inefficace que de mesurer la pratique des sports équestres en comptant les cravaches vendues chez Decathlon (surtout depuis la parution de "Fifty Shades of Grey" n'est-ce pas Brieux Férot ?).


Alors les idéologues nous expliquent qu'il faut encadrer et faire entrer dans le rang les pratiques sportives qu'ils qualifient eux-mêmes de libres (d'où serait-on plus libre en dehors des institutions sportives et en quoi celles-ci seraient-elles synonymes de non-liberté ? En quoi organiser et structurer une activité serait liberticide ?) et ce, sans vraiment essayer de comprendre la nature de ces pratiques sportives et encore moins de comprendre celles ou ceux qui ne se retrouvent pas dans l'offre sportive "institutionnelle".


C’est pour cela que nous pensons qu'il faut sortir de cette idéologie qui prétend faire de la France une nation sportive (elle l'est déjà) et developper les pratiques sportives contre les gens et contre le sport et qu'il est probablement temps désormais de refonder un Grand Récit du Sport en prise avec le réel, au plus près de celui-ci, au plus près des aspirations des gens, en respectant l'existant qu'il soit institutionnel ou hors des radars des institutions...


Nos prochaines Rencontres de la Prospective Sportive, les quatrièmes du nom, en novembre 2022 auront donc pour thème : "Et si le Sport devait s'inventer un Nouveau Grand Récit ?"