L’Institut National de la Jeunesse et de l’Éducation populaire - INJEP vient de publier une étude solide sur le décrochage sportif des 14-18 ans.
26 % !!
Un quart des jeunes qui pratiquaient régulièrement à 14 ans ont arrêté à 18 ans.
L'étude regarde tout.
Vraiment tout.
Le sexe. La CSP des parents. Le diplôme. L'origine. La composition familiale. La taille d'unité urbaine. Le type de lycée. La pratique sportive du père, de la mère, le sport en famille au CM2. Les vacances d'été. Le ressenti du temps, le coût, l'éloignement des installations, la peur d'être blessé, le rapport au corps, le désamour du sport.
Sauf une chose.
Une seule.
Ce qui se passe dans la séance.
Pas un mot sur le contenu de l'offre.
Pas un mot sur la pédagogie de l'éducateur.
Pas un mot sur la compétence de l'entraîneur.
Pas un mot sur la posture du club.
Comme si ce qui se déroule entre 18 h et 19 h 30 le mardi soir n'existait pas.
Comme si la séance d'EPS de 8 à 10 était par définition parfaite.
Comme si l'éducateur, l'enseignant, l'entraîneur, le bénévole en charge des U15 n'étaient ni un facteur, ni une variable, ni même une hypothèse.
L'UX (user experience) est un sujet dans toutes nos activités sauf dans le club de sport ou dans la séance d'EPS !
C'est notre tabou français.
On interroge l'usager.
On interroge sa famille.
On interroge sa classe sociale.
On interroge son territoire.
On interroge son emploi du temps.
On n'interroge jamais l'offre qu'il quitte !
Quand un client quitte un restaurant, on questionne la cuisine ! Pas seulement le client !
Quand un jeune lâche le sport, on questionne tout, sauf la qualité de ce que propose l'encadrement.
Or l'encadrement, c'est précisément ce qui sépare un gamin qui revient d'un gamin qui ne revient pas.
C'est la voix qui l'appelle par son prénom ou qui ne l'appelle pas.
C'est la séance pensée ou bricolée, qui donne du plaisir ou qui lasse au bout de quelques minutes.
C'est l'éducateur formé, accompagné, supervisé ou laissé seul, qui construit une expérience riche ou qui occupe le temps, qui parle avec sympathie ou qui aboie.
C'est le club qui accueille ou qui filtre [voir la question du seuil, là].
C'est le plaisir qu'on éprouve à jouer ou le déplaisir qu'il y a à se faire engueuler et crier dessus parce qu'on n'a pas fait le bon geste ou qu'on n'a pas été obéissant...
Tant qu'aucun chercheur ne pourra écrire noir sur blanc «il faudrait peut-être interroger ce que font les éducateurs, les enseignants, les entraîneurs», nous continuerons à expliquer le décrochage par tout sauf par ce qui le produit en grande partie.
Le décrochage des 14-18 ans n'est pas qu'un problème d'usager.
C'est, peut-être d'abord et surtout, un problème de qualité du dialogue que les mondes du sport et de l'éducation physique proposent aux gamins.


