lundi 25 juillet 2022

ET SI CERTAINES PRATIQUES SPORTIVES DEVENAIENT SOCIALEMENT INSUPPORTABLES ?

On s'agace ici ou là, voire même on est révolté, depuis la diffusion d'un reportage sur BFM de gens qui font du ski indoor par moins 5°c quand dehors la canicule règne - voir,


On a raison.


Ce qui est intéressant ici, et le phénomène n'est pas nécessairement nouveau, c'est que la non-acceptabilité de certains comportements sociaux prend un écho particulier, de plus en plus important et singulièrement concernant les pratiques sportives


Est-il acceptable de pratiquer des sports d'hivers en plein été alors que qu'on appelle un peu partout à la mobilisation pour lutter contre le réchauffement climatique qui menace notre mode de vie ?


Comment le monde du sport va-t-il prendre en compte cette évolution ? 


Quelles pratiques sportives vont-elles devenir inacceptables dans les mois ou les années à venir ? 


Quels événements sportifs vont-ils disparaître car devenus insupportables socialement ?


Le sport est un phénomène "jeune" à l'échelle de l'Homme : moins de 200 ans, pour autant si ces évolutions "cosmétiques" sont permanentes et rapides depuis qu'il existe, ses évolutions "paradigmatiques" sont lentes et se heurtent à une forte inertie. 


L'exemple de la transition numérique est de ce point de vue intéressant, alors que depuis quelques dizaines d'années seulement notre monde s'est massivement dématérialisé, le sport et ses institutions n'ont pas engagé de réelles évolutions se concentrant à essayer de rester ce qu'ils sont et ont toujours été, en numérisant leur passé mais en se refusant majoritairement à se penser, se réinventer dans un monde qui a changé (manque d'imagination, de créativité ou aveuglement ?) .


Comment ce monde très exposé et très observé qu'est le monde du sport va-t-il se saisir de la nécessaire évolution (révolution ?) que le monde qui vient va lui imposer ? 


Va-t-il adopter de nouveaux comportements, de nouvelles manières d'être au monde, être un éclaireur de nouveaux comportements socialement responsables ? 


Ou va-t-il regarder les évolutions sans y prendre part pour in fine essayer de s'adapter vaille que vaille quand il sera déjà trop tard ? 


Qui seront les nouveaux acteurs qui se substitueront aux acteurs actuels qui n'auront pas su ou pas voulu penser leur évolution ? 


Parce que ne nous y trompons pas, si pour occuper le terrain il faut un comportement socialement acceptable, d'aucuns se positionneront (se positionnent déjà ?) dans ce type de comportement pour occuper la place, en lieu et place de ceux qui ne veulent pas changer...


La crise climatique et la crise sociale qui lui est inhérente, ce n'est pas comme si c'était un peu de poussière qu'on peut innocemment mettre sous le tapis ! 


Dans le sport comme ailleurs...

mercredi 20 juillet 2022

ET SI ON ARRÉTAIT DE TOUT ATTENDRE DE PARIS 2024 ?

Réunions après réunions, communiqués après communiqués, séminaires après séminaires, il nous semble que notre appréhension des Jeux Olympiques ait rétréci peu à peu notre horizon.

On espère se tromper, mais on peut aussi malheureusement craindre que non... 


Paris 2024 a pris une dimension thaumaturgique.  


Paris 2024 est devenu LA réponse presque exclusive à tous les défis :


La performance ? = Paris 2024 !


Le sport pour tous ? = Paris 2024 !


Le sport des villes ? = Paris 2024 !


La santé par le sport ? = Paris 2024 !


L'aisance aquatique ? = Paris 2024 !


Le sport des campagnes ? = Paris 2024 !


Le lien social ? = Paris 2024 !


Savoir rouler à vélo ? = Paris 2024 !


...


Cette petite liste n'est malheureusement pas exhaustive et on pourrait continuer ainsi, à l'envi, tant Paris 2024 devient une sorte de leitmotiv systématique dès qu'on parle de sport avec l'un ou l'autre de celles ou ceux qui pilotent le sport français.


C'est un risque, le risque de décevoir au-delà même de ce qu'on imagine mais aussi un risque et celui-ci n'est pas anodin, de créer du rejet, un rejet palpable d'ores et déjà pour qui ne vit pas hors du monde de tous les jours, de notre société française plus "fracassée" socialement qu'on ne veut bien le voir.


Le sport qui fédère peut apporter sa pierre à l'édifice d'une vie meilleure mais pour cela il lui faudrait élargir son horizon, développer de Nouveaux Grands Récits et parler au plus grand nombre.


Il y a quelques jours le COJO a lancé le recrutement de "plumes" : "des profils qui ont le goût de l’écriture, le sens de la formule, et l’envie de parler non seulement de sport, mais aussi de culture, d’environnement, d’emploi, d’économie sociale et solidaire, d’engagement…" 


C'est intéressant, le besoin d'un storytelling renouvelé est plus que nécessaire pour Paris 2024


Londres 2012 avait engagé son récit mobilisateur environ 18 mois avant le début des Jeux Olympiques, il n'est donc peut-être pas trop tard et ce, malgré une situation au combien différente : climat, guerre en Europe, inflation, pandémie...


Ce sont actuellement plutôt les commerçants qui assurent ce besoin de Nouveaux Grands Récits : Nike, Patagonia voir, depuis peu, Decathlon


Les grandes institutions sportives mondiales quant à elles, CIO ou FIFA, n'ont pas vraiment une contribution notablement positive dans ce domaine. 


C'est donc une formidable opportunité pour Paris 2024, à condition toutefois de ne pas naïvement penser que Paris 2024 puisse occuper tout l'horizon...

lundi 11 juillet 2022

PAS DE SPORT SANS ARBITRE ?

Conseil de lecture : les documents produits par les acteurs du projet ONSIDE, projet financé par l'Union Européenne et coordonné par EOSE - European Observatoire of Sport and Employment qui a mobilisé 11 partenaires dans 9 États de l'Union. 


C'est à lire .


Pourquoi c'est à lire, d'abord parce que c'est très bien fait, il y a des documents de formation très pratiques et qui peuvent grandement aider les acteurs du sport.


Mais c'est à lire également parce que, ici ou là, il y a des phrases, des mots qui nous surprennent 

"Promouvoir et développer le rôle vital des juges et des arbitres sportifs", oui on lit bien ici “vital” ...


"Pas de juge ou d'arbitre = pas de sport" ?... 


Ça ne choque que nous ce type d'affirmation ?


Peut-être après tout...


Qu'est que ces mots disent de notre société ? 


Qu'est-ce qu'ils disent du monde du sport ?


Dans un monde du sport qui réfléchit aujourd'hui à la façon dont il répond aux attentes de la société, qui se pose la question de ses valeurs, de son rapport à la performance et de son devenir, qui est confronté à ce que toute la société vit actuellement dans son rapport au collectif jadis essentiellement fait d’adhésion aujourd'hui fait de plus en plus de désertion ou consommation voire même de rébellion, ces mots, ces affirmations donnent à réfléchir...


Ils sont peut-être à mettre en rapport avec le glissement continu de nos sociétés occidentales, construites à l'origine sur un idéal de liberté, mais qui s'en éloignent peu à peu pour devenir des sociétés de Droits qu'ils soient individuels ou collectifs. Et ça n'est pas anodin car, quand le pouvoir substitue la violence à la force pour faire respecter le droit, on voit vers quels funestes destins cela peut mener.


Est-ce cela que nous voulons ?


Cela mérite à tout le moins qu'on y réfléchisse un peu.

lundi 4 juillet 2022

ET SI ON ARRÊTAIT AVEC CETTE IDÉE QUE LA FRANCE N'ÉTAIT PAS UNE NATION SPORTIVE ?

Depuis quelques années, l'objectif annoncé et régulièrement revendiqué par celles ou ceux qui nous dirigent est de faire de la France une nation sportive, ce qui signifierait que la France ne serait pas une nation sportive, idée que nous réfutons tant elle apparaît totalement controuvée, personne n'ayant par ailleurs jamais défini ce que pourrait bien être une nation sportive et une qui ne le serait pas...


Pour autant au fil du temps cette idée s'est peu à peu muée en une idéologie qui s'est installée dans le paysage et semble vouloir y faire florès.


Comme toute idéologie, peu à peu, elle nous éloigne du réel.


L'observation du fait sportif, au service de cette idéologie, en ignorant des pans entiers de la vie des français et en se concentrant sur les licences sportives, accentue, études après études cette déconnexion du réel.


Il est vrai qu'il n'est pas aisé d'évaluer, même de façon approximative, les pratiques non organisées ou organisées hors du champ des institutions habituelles : mouvement sportif, école ou collectivités territoriales. 


Certains ont bien essayé de corréler la vente de chaussures de sport avec la pratique sportive, mais c'est à peu près aussi inefficace que de mesurer la pratique des sports équestres en comptant les cravaches vendues chez Decathlon (surtout depuis la parution de "Fifty Shades of Grey" n'est-ce pas Brieux Férot ?).


Alors les idéologues nous expliquent qu'il faut encadrer et faire entrer dans le rang les pratiques sportives qu'ils qualifient eux-mêmes de libres (d'où serait-on plus libre en dehors des institutions sportives et en quoi celles-ci seraient-elles synonymes de non-liberté ? En quoi organiser et structurer une activité serait liberticide ?) et ce, sans vraiment essayer de comprendre la nature de ces pratiques sportives et encore moins de comprendre celles ou ceux qui ne se retrouvent pas dans l'offre sportive "institutionnelle".


C’est pour cela que nous pensons qu'il faut sortir de cette idéologie qui prétend faire de la France une nation sportive (elle l'est déjà) et developper les pratiques sportives contre les gens et contre le sport et qu'il est probablement temps désormais de refonder un Grand Récit du Sport en prise avec le réel, au plus près de celui-ci, au plus près des aspirations des gens, en respectant l'existant qu'il soit institutionnel ou hors des radars des institutions...


Nos prochaines Rencontres de la Prospective Sportive, les quatrièmes du nom, en novembre 2022 auront donc pour thème : "Et si le Sport devait s'inventer un Nouveau Grand Récit ?"

lundi 27 juin 2022

ET SI ON ARRÊTAIT AVEC CETTE IDÉE QUE LE SPORT DEVRAIT ÊTRE UTILE ?

Ils nous plaisent bien ces petits jeunes gens qui nagent vite... 


On se réjouit de leurs performance et de leur bonheur de réussir ce qu'ils ont entrepris c'est à dire devenir des champions. 


Quand on leur demande leur secret (comme s'il pouvait y avoir un secret !), quelque soit leur nationalité toutes et tous disent qu'ils aiment ce qu'il font, Sarah Sjöström encore ce soir aux Championnats du monde de natation de Budapest et ce, quand bien même parfois c'est dur. 


Ils aiment ce qu'il font et cela leur procure du bonheur.


La performance est une source de bonheur.


Le sport est une source de bonheur !


On se réjouit également à l'idée que dans quelques années (dizaines d'années ?) ils découvriront (si ce n'est déjà fait) le bonheur de nager lentement, dans une piscine peut-être et mieux encore parallèlement à la ligne de côte de la plage des Catalans ou de celle de Trestraou


Ils découvriront ce bonheur simple presque dérisoire de nager lentement sans autre objectif qu'être bien, heureux, heureux, détendus ou apaisés, une nage gratuite débarrassée de toute utilité.


Parce que le sport, l'activité physique ce devrait être d'abord et avant tout cela, du bonheur, le bonheur du corps dans l'effort solitaire ou dans le jeu collectif, cet acte gratuit sans autre objectif que le plaisir.


Mais le plaisir, comme le bonheur, c'est louche alors quand on parle de sport, de "mettre les français au sport" de "bouger plus" ce n'est pas de cela que l'on parle, l'injonction est à la pratique d'une activité sportive utile : la santé, l'économie, la productivité, la paix sociale. Il faut bien justifier les millions que l'on y met par une utilité qui se doit d'être évidente et incontestable. 


La gratuité du geste, le bonheur du mouvement, l’épanouissement personnel, le plaisir ne suffisent pas pour faire une politique publique, tout cela n'est pas assez sérieux.Le sport doit être utile, sinon il est inutile !

Cet utilitarisme forcené se construit année après année dans les politiques publiques et donc dans les fédérations sportives, contre le sport bien sûr mais surtout contre les gens.


Et si on substituait l'invitation au bonheur du sport et du jeu à l'injonction à la pratique d'un sport utile ? 


Et si on proposait des politiques publiques du sport, polies, respectueuses des gens, de tous les gens y compris et surtout de ceux qui ne font pas de sport parce que souvent le sport des politiques publiques ne veut pas vraiment d'eux quoi qu'on nous dise ? 


Et si on invitait les gens à s'adonner au bonheur du sport plutôt que de les stigmatiser parce qu'ils sont trop gros, trop à risque cardio-vasculaire, trop...


Et si comme ces jeunes gens qui nagent vite on aidait les gens à aimer la pratique d'un sport, à découvrir le bonheur gratuit et inutile de la pratique sportive ?


Et si on changeait la finalité du sport ?


Dit autrement : et si le sport devait s'inventer un nouveau grand récit ?

dimanche 26 juin 2022

ET SI LE SPORT DEVAIT S'INVENTER DE NOUVEAUX GRANDS RÉCITS ?

Bientôt beaucoup plus d'infos sur les prochaines Rencontres de la Prospective Sportive ® - les quatrièmes du nom - qui auront lieu le 16 novembre 2022 sur le thème "Et si le sport devait s'inventer de nouveaux grands récits ?"

vendredi 24 juin 2022

ET SI LA TRANSGRESSION DEVENAIT URGENTE POUR PENSER LE SPORT FRANÇAIS DEMAIN ?

"Le meilleur moment pour faire du sport c'est le lundi matin, parce que le mardi ou le jeudi, c'est jour de marché, le mercredi c'est le jour des enfants, donc le mieux c'était le lundi matin"


Cette petite phrase anodine pourrait être finalement une des meilleures clefs de compréhension des 3e Rencontres de la Prospective Sportive que nous avons organisées hier.


Cette remarque fut d'ailleurs une quasi-introduction à cette matinée d'échange sur la question de la transgression dans le sport


On la doit à Brieux Férot lorsqu'il nous a décrit le travail mené avec des mamans qui ne faisaient pas de sport et qui en font désormais. 


Il ne sont certainement pas très nombreux celles ou ceux qui dirigent le sport français qui pensent que le lundi matin soit le moment le plus propice pour développer des activités sportives, et pourtant...


Ce qui ressort à chaud de ces Rencontres avant d’avoir effectuer le travail de synthèse des différentes interventions, c'est bien que la transgression (positive) dans le monde du sport relève, quel qu'ait été l'intervenant hier, d'une prise en compte du réel et donc du rapport au temps dans un environnement institutionnel qui lui, par idéologie pour l'essentiel, s'est détaché du réel en imposant, souvent par défaut, un rapport au temps qui peu à peu devient anachronique.


"Le seul temps qui n'ait pas évolué" nous rappelait Yohan Penel, président de la Fédération Française de Badminton, alors même que les temps du travail, des  loisirs et même de la connaissance ont été bouleversés ces dernières années, "c'est celui de l'Éducation Nationale".


Transgresser aujourd'hui, serait finalement prendre en compte le réel c'est à dire regarder le monde tel qu'il est et pas tel qu'on veut le voir, parce que si les règles n'ont pas changé, la norme elle a considérablement évolué comme nous l'a rappelé fort opportunément Alain Loret.


Il faudrait donc rebâtir une vision qui fait toujours défaut (n'est-ce pas Patrick Bayeux ?) sans pour autant oublier la nécessaire régulation. Mais celle-ci n'est possible que si l'on se met d'accord sur la société que l'on souhaite voir advenir, équilibrée entre la protection et la responsabilité, la contribution de Christel Fiorina de l'Autorité Nationale des Jeux a été de ce point de vue très éclairante.


C'est le sens je crois de la proposition architecturale de Nicolas Guérin de l'agence NP2F qui nous propose d'ouvrir les espaces de pratiques sportives sur le monde tant il est vrai que pour prendre en compte le réel il est toujours plus aisé d'ouvrir sa fenêtre. Trop souvent encore on confond fenêtre et miroir.


Et si ouvrir sa fenêtre pour regarder le Monde et écouter les questions qu'il nous pose, était une vraie transgression salutaire pour le sport et singulièrement pour le sport français ?