Depuis un demi-siècle, la pratique sportive des Français n'a pas reculé, bien au contraire...
Le discours sur la "crise du sport" est un artefact : il confond la crise du sport organisé en club avec la pratique elle-même.
Les chiffres ne laissent aucune ambiguïté sur la tendance longue :
- Avant 1970 : moins de 50 % des Français pratiquent
- 1985 : 73,8 % pratiquent une activité physique ou sportive
- 2000 : 83 % au moins une fois dans l'année, 60 % chaque semaine
- 2010 : 89 % au moins une fois dans l'année, 66 % chaque semaine
- Post-JOP Paris 2024 : 71 à 76 % pratiquent, 4,4 heures par semaine en moyenne
En quarante ans, la France est passée d'une minorité sportive à une majorité sportive.
C'est une des plus grandes transformations culturelles silencieuses du pays.
Ce que les Français cherchent dans le sport en 2024, c'est exactement ce qu'ils cherchaient en 1985.
- En 1985, on pratiquait pour "rester en forme" et par "plaisir du mouvement".
- En 2000, pour "la détente, le bien-être, la santé".
- En 2010, pour "la santé, le plaisir, la convivialité".
- Aujourd'hui, pour "la santé, la forme, l'hygiène de vie, le bien-être".
Changer les mots ne change pas le sens.
- En 1967 : "le sport reste un privilège des classes cultivées." Les cadres pratiquent à 71 %, les ouvriers à 39 %.
- En 2010, la pratique est "beaucoup moins marquée par l'appartenance sociale".
- Après 2020, elle est décrite comme "universelle avec une influence décroissante de la CSP".
La même trajectoire vaut pour le genre : écart de 20 points entre hommes et femmes dans les années 1980, parité presque atteinte aujourd'hui hors clubs.
Le sport n'est pas en crise.
Il s'est élargi à ceux qui en étaient exclus.
Le nombre de licenciés est passé de 4,5 millions avant 1970 à 16,5 millions en 2023.
C'est une multiplication par 3,6 en un demi-siècle.
Si crise il y a, elle ne se voit pas dans ce chiffre.
Ce qu'on observe en revanche, c'est que la majorité des pratiquants n'est pas licenciée : 60 % des jeunes pratiquent seuls et de manière informelle.
Le problème n'est pas la pratique : c'est le modèle de captation de cette pratique par le système fédéral.
Ce que vivent certaines fédérations : érosion des licences dans certains sports, désaffection des moins de 20 ans pour la pratique encadrée, difficulté à retenir les 18-30 ans qui préfèrent pratiquer seuls, ne dit rien sur le niveau de pratique global.
Cela dit quelque chose sur l'inadaptation d'un modèle organisationnel à une demande qui a changé de forme sans changer de fond.
Confondre la crise du club avec la crise du sport, c'est un problème.
Répéter que le sport est en crise, c'est pratique, mais faux et non accessoirement coûteux !
La vraie question n'est pas "pourquoi les Français ne font plus de sport ?".
C'est "pourquoi les institutions sportives peinent-elles à trouver leur place dans une pratique qui se passe de plus en plus d'elles ?"



