Il faut voir ce film publicitaire d’Asics mis en ligne il y a un an déjà mais qui n'a été vu que 408 fois.
Certes il est d'une culture éloignée de la nôtre, mais il est suffisamment universel pour qu'on s'y intéresse - là.
Un chauffeur de taxi lave sa voiture dans un dépôt.
Gestes répétés, corps courbé par l'effort mille fois recommencé. Puis une vieille radio grésille, et il se redresse.
Quelque chose en lui répond au Rajio Taiso, cette gymnastique japonaise diffusée depuis 1928, que tout un pays connaît par cœur.
Sans même qu'il y pense, son corps l'entraîne dans quelques mouvements, et son visage change. Le corps s'est rouvert au monde et a rouvert le monde.
Asics en tire un slogan : « bouge ton corps pour bouger ton esprit ».
La formule séduit, mais elle trahit.
Elle descend de l'anima sana in corpore sano, un esprit sain dans un corps sain, et elle pose deux choses, le corps d'abord, l'esprit ensuite, reliés par une cause.
C'est une erreur ancienne.
Il n'y a pas le corps puis l'esprit. Il y a une seule chair qui se rapporte au monde.
Le chauffeur ne bouge pas pour, ensuite, libérer son esprit, son mouvement est déjà sa pensée.
C'est là le cœur même de la mésopraxis ® !!!
Une médiance, au sens de Berque, une double mesure réciproque entre le corps et son milieu.
Le geste mesure le monde et se laisse mesurer par le monde.
Le dépôt, l'asphalte, la radio, rien de naturel, et pourtant tout y est milieu.
Reste l'essentiel, que la vidéo montre sans le dire.
Le chauffeur ne s'invente rien, il rejoue une forme reçue, transmise, partagée par des millions de corps avant le sien.
Et c'est par là qu'il se rouvre.
La médiance ne s'oppose pas à la forme héritée, elle la traverse.
Le corps ne devient pas médiant en s'affranchissant des gestes transmis.
Il le devient en les habitant assez profondément pour que la mesure du monde redevienne réciproque, une mésopraxis ®.



