jeudi 7 mai 2026

DE LA LOGIQUE D'ANNEXION À LA GOUVERNANCE HYBRIDE ?

L’échec actuel et patent du projet olympique d’eSport est le symptôme d’un effet de seuil, où le modèle olympique classique touche sa limite face à un monde numérique né en dehors de lui


L'eSport n'a pas nécessairement besoin de l'olympisme, l'olympisme lui a besoin de l'eSport et le dit depuis plusieurs années via son porte-parole.


Les bifurcations sur lesquelles nous travaillons dans le cadre du Prospective Sport Lab ® nous amènent à penser ces quelques propositions de boussoles pour naviguer dans ce sujet au combien complexe. 


Ces boussoles ne disent pas « voilà ce qui va arriver ». 


Elles indiquent des directions pour naviguer dans l’incertitude, en passant d’une logique de sauvegarde de l’existant à une logique de préparation et de profit des bifurcations - .



- Boussole 1 : passer de l’annexion à l’interopérabilité


Le CIO a cherché à créer son propre événement eSport, avec ses disciplines choisies (sports virtuels), sous son label, en achetant un financement extérieur. 


Cette logique d’annexion a échoué. La bifurcation consiste à accepter que l’eSport est un écosystème souverain, avec lequel il faut construire des ponts, pas des murs. 



- Boussole 2 : inventer une gouvernance à double clé


L’incompatibilité des modèles n’est pas un bug : c’est une donnée. 


Plutôt que de vouloir unifier sous le modèle pyramidal, le CIO peut inventer une gouvernance hybride, où les droits de propriété intellectuelle restent aux éditeurs, où les communautés de joueurs sont consultées via des mécanismes numériques de vote, et où le CIO garantit le respect des principes d’intégrité, d’inclusion et de durabilité. 



- Boussole 3 : remettre le débat des valeurs au centre, mais sans naïveté


Le CIO ne peut pas concurrencer l’Arabie Saoudite ou la Chine sur le terrain des capitaux. 


Sa seule légitimité réside dans son capital symbolique : les valeurs olympiques. 


Mais pour le rendre crédible, il doit appliquer ces valeurs à lui-même (transparence, démocratie interne) et accepter une confrontation exigeante avec les dérives de l’eSport (dopage numérique, harcèlement en ligne, modèles économiques prédateurs). 



- Boussole 4 : décentrer le calendrier et la géographie


Le cycle quadriennal et la rotation des villes olympiques sont inadaptés à un public numérique qui vit dans l’instantanéité. 


Plutôt que de plaquer ce calendrier, le CIO peut expérimenter une couche olympique permanente dans l’eSport : un label annuel, des compétitions décentralisées, une présence continue sur les plateformes. 



- Boussole 5 : considérer l’eSport comme un laboratoire pour repenser la démocratie sportive


L’eSport expérimente des formes de participation directe des communautés (tribunaux pair-à-pair, votes sur les règles, régulation algorithmique).


 Le CIO pourrait s’en inspirer pour rénover sa propre gouvernance.

mardi 5 mai 2026

POINT DE COLLISION ET BESOIN DE NOUVELLES BOUSSOLES

La francophonie sportive est bien plus qu’un simple « marché » ou un « levier d’influence » : elle est, dans notre perspective, au sein du Prospective Sport Lab ®, un point de collision où se concentrent toutes les tensions du monde francophone.


Lire cette réalité à travers la convergence des crises permet de comprendre pourquoi l’édifice actuel est si fragile, et pourquoi la tentation de le « sauvegarder » en l’état est vouée à l’échec.


La bifurcation souhaitable est celle qui transforme une communauté linguistique en une communauté politique sportive, diverse, polycentrique et démocratique : une agora où l’on ne parle pas tous le même français, mais où l’on partage une même passion et un même horizon d’action.


En cela, le sport peut devenir la boussole d’une francophonie assumant son décentrement, et le laboratoire d’une refondation qui, demain, peut dépasser le seul cadre des terrains.


4 propositions de boussoles pour naviguer dans cette question de la francophonie sportive :


Boussole 1 : décentrer physiquement et symboliquement les lieux de décision.


Plutôt que de préserver un siège parisien omnipotent, la francophonie sportive peut faire le choix d’une gouvernance réellement tournante et polycentrique. Le critère n’est plus le rayonnement de l’ancienne métropole, mais la vitalité de la communauté.


Boussole 2 : investir massivement dans une francophonie sportive de l’éducation et de l’employabilité.


L’avenir du français dépend de sa capacité à redevenir une langue d’éducation de qualité et d’opportunités professionnelles, ce qu'il n'est plus aujourd'hui. Le sport est un levier exceptionnel : former des entraîneurs, des éducateurs, des journalistes sportifs en français, mais également en langues africaines, avec une promesse d’emploi à la clé. 


Boussole 3 : jouer résolument la carte du plurilinguisme sportif


Promouvoir le français aux côtés des langues africaines et de l’anglais. Concrètement, cela signifie des conférences de presse multilingues, une signalétique inclusive dans les stades, une valorisation des commentaires en langues locales lors des retransmissions. La francophonie sportive polycentrique se renforce en reconnaissant toutes les langues de ses acteurs, non en imposant une langue unique.


Boussole 4 : intégrer la dimension mémorielle pour désamorcer la charge post-coloniale


Le sport francophone ne pourra échapper au rejet néocolonial que s’il accepte d’être un lieu de mémoire et de réconciliation. Les commémorations sportives, les gestes symboliques des équipes, les récits partagés peuvent aider à transformer un héritage douloureux en fierté commune, sans naïveté. 


C’est un travail de longue haleine, qui ne relève pas de la communication, mais d’une refondation politique.

lundi 4 mai 2026

SE CONSTRUIRE DE NOUVELLES BOUSSOLES

Le départ des gymnastes françaises vers l'Algérie constitue un cas d'école de ce que nous appelons, au sein du Prospective Sport Lab ®, une « convergence de crises ».


Il illustre comment un phénomène apparemment circonscrit au domaine sportif peut agir comme un révélateur de fractures bien plus profondes : diplomatiques, identitaires et mémorielles.


En utilisant la crise non comme un objet à résorber mais comme un instrument de mesure, il devient possible de naviguer dans ce monde troublé où les chocs se multiplient et se percutent, dessinant les contours de nouvelles bifurcations stratégiques.


Il ne s'agit donc pas de prédire l'avenir mais de proposer des instruments de navigation.


Boussole 1


Cartographier les « effets de seuil » : le cas présent montre que des facteurs apparemment disjoints (conflit fédéral interne, crise diplomatique, tensions identitaires) peuvent converger pour créer un point de basculement où des athlètes changent de nationalité. L'outil prospectif consiste à identifier en amont les fédérations ou disciplines où de tels effets de seuil sont susceptibles de se produire, en croisant ces différentes dimensions.


Notons qu'en France, France Lutte - FFLDA par exemple, bénéficie très largement de ce type d'effets de seuil.


Boussole 2


Anticiper les ripostes institutionnelles : face à cette « fuite des talents », la Fédération Française de Gymnastique pourrait être tentée de durcir les conditions de changement de nationalité sportive, débat déjà amorcé dans le football. 


Cela pourrait à son tour produire de nouveaux effets de seuil, par exemple une crispation identitaire accrue ou une instrumentalisation politique encore plus marquée.


Boussole 3


Intégrer la dimension mémorielle : le sport devient un terrain d'expression pour des revendications historiques et mémorielles. La manière dont les États gèrent cette dimension détermine en grande partie la résonance géopolitique des succès sportifs. 


Une fédération ou un État qui ignore cette dimension s'expose à des crises de légitimité.


Boussole 4


Penser la nationalité sportive comme une variable fluide : la notion traditionnelle de « nationalité sportive » est remise en question par ces parcours transnationaux. 


Le concept de « nationalité de formation » distinct de la « nationalité de compétition » pourrait émerger comme une piste de régulation internationale, redéfinissant les règles du jeu pour l'ensemble des sports et pas uniquement pour certains sports professionnels.

vendredi 1 mai 2026

ET SI DEMAIN, IL FALLAIT DISPARAITRE DES ÉCRANS ?

La Barkley Marathons vient de prendre une décision radicale.


À partir de 2027, plus aucune communication pendant la course. 


Pas de suivi en direct, pas de médias, pas de tweets, les résultats resteront secrets un mois entier après la fin de la course.


Un caprice de Lazarus Lake ?


Plutôt le symptôme d'un basculement.


Ce que nous au sein du PSL® avons théorisé sous le nom de «furtivité sportive».


Sa thèse : l'hyper-visibilité (GPS, Strava, capteurs, storytelling permanent, Instagram...) a transformé l'aventure et même l'exploit en une marchandise banale et courante. 


De même l'expérience est devenue aujourd'hui un « futur récit » au point que si elle ne devient pas récit, on doute qu'elle ait seulement existé : "si ce n'est pas sur Strava, ça n'existe pas !".


À force de tout afficher, on a dilué la rareté.


Une autre couche s'y superpose désormais.


Nous entrons dans un monde saturé de productions artificielles. 


Photos, vidéos, récits, voix, performances : tout peut être généré par l'IA.


Le visible et le racontable s'effondrent comme preuves d'authenticité.


Ce qui se publie ne prouve plus rien.


Ne reste plus alors que ce qui ne peut pas être simulé. 


Le corps dans un effort de quarante heures dans la forêt du Tennessee


Un doute qu'aucun capteur n'enregistre. Un geste sans témoin, sans trace, sans valorisation possible.


La Golden Globe Race et l’Ocean Globe Race l'avaient pressenti dans la voile : recréer l'opacité, c'est restaurer la matière même de l'expérience et de l'aventure, la vraie : celle qui fait rêver - .


Pour Laz, cette radicalité est un luxe : celui de l'absence, de la discrétion, de la trace qui ne se monnaye pas.


C'est aussi, peut-être, l'avant-garde d'une économie qui s'annonce


Demain, la valeur ne logera plus dans ce qu'on produit ou ce qu'on montre, mais dans ce qui résiste à la reproduction.


L'authentique deviendra ce que l'IA ne pourra pas refaire.


Au sein du PSL® nous en sommes convaincus depuis longtemps et ne cessons de le répéter depuis de nombreuses années, : ce qui a de la valeur, c'est à dire qui vaut la peine qu'on y met, c'est ce qui n'est pas numérisable.


Le sport vaut la peine qu'on y met, car il est l'un des territoires d'une expérience humaine authentique. 


Dans ces temps de crises multiples et particulièrement de crise du sens, c'est un point d'appui solide.

mercredi 29 avril 2026

ET SI LES FÉDÉRATIONS S'INTÉRESSAIENT UN PEU PLUS AU PATCH HYROX ?

Le patch HYROX est l'objet le plus sous-estimé du sport contemporain.


Il pourrait bien être l'objet le plus important des nouvelles tribus sportives.


Quelques centimètres carrés de tissu brodé, cousus sur un sac à dos.


Et pourtant, il dit trois choses à la fois :

- J'en suis. (appartenance) 

- Je l'ai fait. (passage) 

- Je suis finisher. (statut).


Aucune fédération sportive traditionnelle ne dispose d'un tel objet.


La licence reste dans le portefeuille. La médaille reste à la maison. 


Le maillot du club ne se lit que dans le périmètre limité du terrain ou du club.


Le patch, lui, cousu ou scratché sur le sac à dos, circule


Il sort dans le RER, dans le métro, au café. Il transforme une expérience privée  en signe public.


Au-delà d'être un signe d'appartenance immédiatement identifiable, il devient un objet de désir. 


Chaque finisher qui le porte recrute, sans le savoir, le suivant.


Ce que HYROX a compris, et que nos fédérations n'ont pas encore vu : produire du sport ne suffit pas. 


Il faut produire les signes qui rendent ce sport désirable et visible.


Le patch HYROX n’est pas un gadget. 


C’est la pointe avancée d’une stratégie de conquête identitaire. 


Les fédérations traditionnelles, en restant focalisées sur des médailles qui imitent un podium olympique inaccessible au commun des mortels, ne célèbrent que la performance élitaire. 


En adoptant le patch, elles célébreraient le parcours, l’appartenance et l’identité.


Elles ne vendraient plus des « compétitions », elles délivreraient les briques d’une identité. 


C’est en cela que le patch est la clé la plus simple et la plus puissante pour passer d’une institution à une tribu.


Le patch est une "machine" à produire du sens et paradoxalement c'est l'une des actions les plus simples à mettre en œuvre pour une fédération sportive en quête de sens.