mardi 28 avril 2026

CONTRE CE QUI RÉSISTE

Le Prospective Sport Lab ® va évoluer et prend pour grille de lecture de son travail de réflexion pour les prochains mois la question des crises - .



La crise de sens que nous vivons actuellement est une architecture pas un accident.


Nous avons construit des environnements sans résistance et des interactions sans conséquence. 


Nous nous sommes construit un monde de flux dépourvu de forme. 


Les algorithmes suppriment peu à peu les frictions de nos vies, pourtant la friction, c'est précisément ce qui donne forme à l'expérience. 


Ce qui la rend réelle et signifiante.


Quand tout glisse, plus rien ne marque, ni ne compte vraiment.


Quand rien ne marque ni ne compte, on ne sait plus trop où on en est.


C'est ça, la crise de sens, pas un manque d'informations


Nous croulons sous un flot permanent et continu d'informations de tous ordres.


La crise de sens que nous traversons actuellement, c'est d'abord et avant tout le manque d'expériences.


Au Prospective Sport Lab ®, nous pensons que nous ne sortirons pas de la crise de sens par plus d'informations.


Ni d'ailleurs par de meilleures narrations ou des discours sur les valeurs.


Nous en sortirons en reconstruisant des espaces où l'expérience peut encore avoir une forme, où ce qu'on traverse nous change vraiment.


Le sport n'est pas une réponse à la perte de sens.


Mais il en est l'un des rares antidotes parce qu'il reste l'un des seuls endroits où on ne cherche pas le sens.


On le fabrique avec son corps, dans l'instant, contre ce qui résiste.

lundi 27 avril 2026

DU BILAN À LA BASCULE

Six ans après sa création, le Prospective Sport Lab ® change de cap. 


Quinze Rencontres pour interroger un sport en mutation


Depuis la première édition en juin 2021 sur le futur des Jeux olympiques, les Rencontres de la Prospective Sportive ® et les Rencontres Sport / Équipement / Stratégie ® ont déroulé un fil rouge cohérent : sortir des cadres habituels du débat sportif pour interroger ce qui change vraiment. 


La transgression comme avenir du sport, le rôle des religions dans la fabrique des grands récits, la redéfinition de la performance, la place des clubs dans une société d’individus, l’économie du muscle, l’avenir des piscines, la question des liens entre guerre et sport : autant de portes d’entrée volontairement décalées pour observer comment les pratiques, les imaginaires et les modèles économiques se recomposent. 


Au fil des éditions s’est imposée une intuition : le sport n’est pas un secteur isolé, mais un laboratoire de la société qui vient.


Une double bascule, de format et de fond


L’organisation des Rencontres sous le format des matinées parisiennes s’arrête, au profit de formes plus variées et plus créatives. 


Mais le changement n’est pas que logistique : il s’accompagne d’une réorientation conceptuelle.


- Premier constat : le sport, comme pratique, n’a jamais été aussi vivant - il n’est pas en crise.


- Second constat : le monde, lui, est saturé de crises (climatique, géopolitique, du sens, de la représentation).


Plutôt que d’ignorer cette tension ou d’y plaquer un faux discours de déclin, le Prospective Sport Lab ® propose une troisième voie : considérer le sport comme révélateur de nos impuissances et comme laboratoire d’adaptation. 


Autrement dit, passer de la crise du sport (faux problème) à la sportivisation des réponses à la crise (vrai sujet).


Penser le sport comme révélateur et comme laboratoire


La formule retenue pour le cycle qui s’ouvre tient en une phrase : penser le sport par la crise pour que le sport nous apprenne à vivre avec l’incertitude. 


Penser le sport à la fois comme révélateur (analyse) et comme laboratoire (action). 


Les crises deviennent un logiciel commun capable d’articuler prospective sportive et prospective sociétale, en lien avec l’urbain, la santé, l’éducation, la transition écologique. 


Quinze Rencontres ont posé les jalons d’une lecture décalée du sport et de ses imaginaires. 


Le cycle qui s’ouvre propose d’en faire une méthode - et de la déployer sous des formes nouvelles, dans des lieux et des formats qui restent à dessiner.


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Et si les crises aidaient à penser le sport de façon plus stratégique et prospective ?

Le sport comme nouvelle boussole pour penser l’incertitude 

« Confondre la crise du club avec la crise du sport est un problème 

dimanche 26 avril 2026

LE SPORT N'EST PAS EN CRISE, MAIS SES OUTILS D'ANALYSE, SI !

L’Institut National de la Jeunesse et de l’Éducation populaire - INJEP vient de publier une étude solide sur le décrochage sportif des 14-18 ans.


26 % !!


Un quart des jeunes qui pratiquaient régulièrement à 14 ans ont arrêté à 18 ans.


L'étude regarde tout


Vraiment tout.


Le sexe. La CSP des parents. Le diplôme. L'origine. La composition familiale. La taille d'unité urbaine. Le type de lycée. La pratique sportive du père, de la mère, le sport en famille au CM2. Les vacances d'été. Le ressenti du temps, le coût, l'éloignement des installations, la peur d'être blessé, le rapport au corps, le désamour du sport.


Sauf une chose.


Une seule.


Ce qui se passe dans la séance.


Pas un mot sur le contenu de l'offre. 


Pas un mot sur la pédagogie de l'éducateur. 


Pas un mot sur la compétence de l'entraîneur. 


Pas un mot sur la posture du club.


Comme si ce qui se déroule entre 18 h et 19 h 30 le mardi soir n'existait pas. 


Comme si la séance d'EPS de 8 à 10 était par définition parfaite. 


Comme si l'éducateur, l'enseignant, l'entraîneur, le bénévole en charge des U15 n'étaient ni un facteur, ni une variable, ni même une hypothèse.


L'UX (user experience) est un sujet dans toutes nos activités sauf dans le club de sport ou dans la séance d'EPS !


C'est notre tabou français.


On interroge l'usager. 


On interroge sa famille. 


On interroge sa classe sociale. 


On interroge son territoire. 


On interroge son emploi du temps.


On n'interroge jamais l'offre qu'il quitte !


Quand un client quitte un restaurant, on questionne la cuisine ! Pas seulement le client !


Quand un jeune lâche le sport, on questionne tout, sauf la qualité de ce que propose l'encadrement.


Or l'encadrement, c'est précisément ce qui sépare un gamin qui revient d'un gamin qui ne revient pas.


C'est la voix qui l'appelle par son prénom ou qui ne l'appelle pas. 


C'est la séance pensée ou bricolée, qui donne du plaisir ou qui lasse au bout de quelques minutes. 


C'est l'éducateur formé, accompagné, supervisé ou laissé seul, qui construit une expérience riche ou qui occupe le temps, qui parle avec sympathie ou qui aboie. 


C'est le club qui accueille ou qui filtre [voir la question du seuil, là]. 


C'est le plaisir qu'on éprouve à jouer ou le déplaisir qu'il y a à se faire engueuler et crier dessus parce qu'on n'a pas fait le bon geste ou qu'on n'a pas été obéissant...


Tant qu'aucun chercheur ne pourra écrire noir sur blanc «il faudrait peut-être interroger ce que font les éducateurs, les enseignants, les entraîneurs», nous continuerons à expliquer le décrochage par tout sauf par ce qui le produit en grande partie.


Le décrochage des 14-18 ans n'est pas qu'un problème d'usager.


C'est, peut-être d'abord et surtout, un problème de qualité du dialogue que les mondes du sport et de l'éducation physique proposent aux gamins.

mercredi 22 avril 2026

POURQUOI LE DISCOURS SUR LA CRISE DU SPORT EST FAUX

Depuis un demi-siècle, la pratique sportive des Français n'a pas reculé, bien au contraire...


Le discours sur la "crise du sport" est un artefact : il confond la crise du sport organisé en club avec la pratique elle-même.


Les chiffres ne laissent aucune ambiguïté sur la tendance longue :

- Avant 1970 : moins de 50 % des Français pratiquent

- 1985 : 73,8 % pratiquent une activité physique ou sportive

- 2000 : 83 % au moins une fois dans l'année, 60 % chaque semaine

- 2010 : 89 % au moins une fois dans l'année, 66 % chaque semaine

- Post-JOP Paris 2024 : 71 à 76 % pratiquent, 4,4 heures par semaine en moyenne


En quarante ans, la France est passée d'une minorité sportive à une majorité sportive.


C'est une des plus grandes transformations culturelles silencieuses du pays.


Ce que les Français cherchent dans le sport en 2024, c'est exactement ce qu'ils cherchaient en 1985. 


- En 1985, on pratiquait pour "rester en forme" et par "plaisir du mouvement". 

- En 2000, pour "la détente, le bien-être, la santé". 

- En 2010, pour "la santé, le plaisir, la convivialité".

- Aujourd'hui, pour "la santé, la forme, l'hygiène de vie, le bien-être".


Changer les mots ne change pas le sens. 


- En 1967 : "le sport reste un privilège des classes cultivées." Les cadres pratiquent à 71 %, les ouvriers à 39 %.

- En 2010, la pratique est "beaucoup moins marquée par l'appartenance sociale". 

- Après 2020, elle est décrite comme "universelle avec une influence décroissante de la CSP".


La même trajectoire vaut pour le genre : écart de 20 points entre hommes et femmes dans les années 1980, parité presque atteinte aujourd'hui hors clubs.


Le sport n'est pas en crise. 


Il s'est élargi à ceux qui en étaient exclus.


Le nombre de licenciés est passé de 4,5 millions avant 1970 à 16,5 millions en 2023. 


C'est une multiplication par 3,6 en un demi-siècle. 


Si crise il y a, elle ne se voit pas dans ce chiffre. 


Ce qu'on observe en revanche, c'est que la majorité des pratiquants n'est pas licenciée : 60 % des jeunes pratiquent seuls et de manière informelle.


Le problème n'est pas la pratique : c'est le modèle de captation de cette pratique par le système fédéral.


Ce que vivent certaines fédérations : érosion des licences dans certains sports, désaffection des moins de 20 ans pour la pratique encadrée, difficulté à retenir les 18-30 ans qui préfèrent pratiquer seuls, ne dit rien sur le niveau de pratique global.


Cela dit quelque chose sur l'inadaptation d'un modèle organisationnel à une demande qui a changé de forme sans changer de fond.


Confondre la crise du club avec la crise du sport, c'est un problème.


Répéter que le sport est en crise, c'est pratique, mais faux et non accessoirement coûteux ! 


La vraie question n'est pas "pourquoi les Français ne font plus de sport ?". 


C'est "pourquoi les institutions sportives peinent-elles à trouver leur place dans une pratique qui se passe de plus en plus d'elles ?"