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samedi 25 juillet 2026

L'INSIDIEUX (ET PERMANENT) SOUPÇON

Le problème du cyclisme, c’est que les temps de référence auxquels nous mesurons les exploits d'aujourd'hui ont été établis par des coureurs dont on sait maintenant qu'ils trichaient. 


Pour être cru, un champion doit être plus lent que la fraude. 


S'il s'en approche, il devient suspect. 


S'il la dépasse, il devient irrémédiablement suspect aux yeux d’une partie du public. 


Le seul comportement qui établirait son innocence consisterait à renoncer à l'excellence.


L'histoire du Tour explique comment nous en sommes arrivés là. 


Elle a d'abord détruit la valeur probante du contrôle négatif. 


Armstrong n'a jamais été pris en course. Il a passé des centaines de tests, aucun n’était positif, il mentait. 


Le public en a tiré la seule conclusion disponible. Un contrôle négatif ne prouve rien.


L'absence de preuve a donc cessé d'être un argument et il fallait bien que quelque chose prenne sa place. 


Ce fut la lecture directe de la performance. 


Chacun est devenu physiologiste amateur. 


Antoine Vayer, ancien entraîneur de Festina, a popularisé l'idée qu'au-delà d'un certain rapport entre la puissance et le poids, l'exploit bascule dans le miracle. Le soupçon a trouvé sa métrique.


L'institution a fait exactement la même chose, avec de meilleurs outils. 


Le passeport biologique ne cherche pas la trace d'un produit, il cherche l'anomalie d'un profil dans la durée. C'est un déplacement considérable. On a renoncé à prouver un acte pour établir une improbabilité statistique. La suspicion est devenue une méthode, puis une procédure, puis un droit. 


Le coureur qui domine se trouve alors dans une position sans issue. 


Aucune conduite ne lui permet d'établir ce qu'on lui demande d'établir. 


Il ne peut pas prouver une absence !!! 


Il ne peut pas non plus se contenter de gagner, puisque gagner est devenu, dans le regard du public, l'indice principal de la suspicion. 


Sa seule stratégie disculpatoire consisterait à être battu.


Le sport en arriverait alors à sanctionner la chose même pour laquelle il existe car il produirait une supériorité que l’opinion interprète volontiers comme un indice accablant.


Ce qui se joue là dépasse le cyclisme. 


C'est le problème de toute institution qui a menti et qui découvre ensuite qu'on ne rachète pas une perte de confiance par la simple absence de faute. 


Elle voudrait qu'on la juge sur son présent. 


Le public la juge sur sa capacité démontrée à mentir. 


L'écart est considérable.


Tadej Pogačar n'a jamais été convaincu de dopage. 


Rien n'est établi à ce jour contre lui. 


Cela ne le protège pas. 


Il hérite d'une dette contractée par d'autres, dans un système qui a longtemps organisé le silence, il la remboursera sous la forme d'un soupçon qui n'a besoin d'aucune preuve pour se maintenir.

lundi 20 octobre 2025

DETALO EST-ELLE UNE MARQUE DE SPORT ?

Est-ce que Detalo est une marque de sport ?


A priori non, pourtant cette marque revendique de fabriquer des dispositifs scientifique (non médicaux, ce n'est pas anodin) pour les équipes de sport de haute performance - là.


Son positionnement en tant qu'instrument scientifique plutôt que marque de performance est une stratégie délibérée. Cette approche est conçue pour l'isoler des controverses sur le dopage et des réglementations complexes sur les dispositifs médicaux. 


Son dispositif de ré-inhalation au monoxyde de carbone, s'il fait l'objet d'une surveillance de l'AMA qui ne l'interdit pas, s'est vu interdit d'usage par l'UCI en début d'année, parce qu'il faut bien le dire, faire faire des dizaines de fois le même test scientifique à Pogacar ou à Vingegaard, en peu de temps, c'est un peu louche...


Rappelons que respirer du monoxyde de carbone trop longtemps c'est une manière assez certaine de mourir.


"Mais c'est pour la science !" disent les usagers réguliers de Detalo [NOTA : toujours mettre sa main sur son coeur et prendre un air vaguement offusqué quand on prononce cette phrase]. 


Et de fait sous contrôle médical et scientifique sérieux, ce dispositif reste à ce jour parfaitement autorisé sauf par l'UCI.


"Sous contrôle médical et scientifique" c'est aussi ce que revendique Enhanced Game une entreprise qui vend des produits qui améliore la performance de madame ou monsieur tout le monde et qui pour se faire connaître, organise à Las Vegas l'année prochaine un spectacle qui se veut sportif - les produits, là.


Mais là, faut pas exagérer, c'est interdit !


Parce que nous dit-on, le "dopage n'a rien à voir avec le sport".


Le problème c'est que si ! (quand bien même on aimerait le contraire).


Le dopage à tout à voir avec le sport, il n'a même à voir qu'avec le sport !


On se posera le 28 novembre prochain la question de savoir si Enhanced Game mais aussi GSK, Bayer, Pfizer et autres, sont des marques de sport, lors de nos Rencontres organisées autour de la question « C’est quoi demain, une marque de sport ? »

vendredi 4 avril 2025

ET SI LES CLUBS S'INTÉRESSAIENT PLUS AUX STRATÉGIES DES MARQUES DE FRINGUE ?

Préparer les Rencontres de la Prospective Sportive ® dont le thème sera : "Et si demain, les clubs réinventaient le sport... en se réinventant ?" nous conduit à consulter, interroger, discuter, réfléchir, échanger avec de nombreux interlocuteurs issus du monde du sport bien sûr mais pas que du sport.


Et c'est très, très intéressant !


Un concept qui revient très souvent depuis une petite dizaine d’années estc’est celui de « tiers lieu »


Pour de plus en plus d'acteurs, le tiers lieu semble devoir devenir une voie qui permettrait de re-construire voire de réinventer le sens et l'utilité du club sportif.


De fait, le tiers-lieu peut être une réponse aux difficultés actuelles du monde du sport en favorisant le lien social et la création de communautés. À une époque où le sentiment de fragmentation sociale est fort, le sport redevient un moyen privilégié de créer du lien.


Les tiers-lieu, théorisés par Ray Oldenburg, sont des espaces créés par la communauté, pour la communauté. 


Dans le contexte sportif, cela se traduit par des espaces tels que les "running stations", qui servent de point de départ et d’arrivée pour les courses, et offrent aux participants la possibilité de se détendre, de se restaurer et de socialiser...


Ce grand mouvement vers une recréation de lien social est cependant, de plus en plus préempté par le secteur marchand. 


Des commerces de toutes sortes s'institue tiers-lieux y compris sportif.


Les magasins de marques de sport évoluent pour devenir des espaces communautaires et des lieux de sociabilité.


Par exemple :


- Le flagship de Bandit Running de Tim West à Brooklyn est conçu comme un hub pour la communauté locale des runners, offrant des casiers, un café et des événements. 


Son slogan est clair : " Amusez-vous→Venez rencontrer vos voisins → Courir quelques kilomètres → Boire du café"


- Les boutiques MAAP, appelées "MAAP Lab", sont considérées comme des "espaces communautaires" et cherchent à personnifier le lieu comme une entité sociale et un acteur de la culture cycliste locale. 


Leur leitmotiv est clair : "Les MAAP Lab sont nos espaces de rencontre et d'exploration des liens entre culture créative contemporaine et sport. Chaque lieu s'engage à développer l'art et le progrès du cyclisme à travers un réseau transnational de communautés. Venez rouler."


- On peut aussi citer la stratégie de Rapha dont un des axes de développement est la volonté de se présenter comme un club cycliste à part entière et ce plus particulièrement autour de lieux éphémères et mobiles - là.


Face à un monde où les gens se sentent de plus en plus seuls, les tiers-lieux dans le sport

offrent des espaces de rassemblement autour d'un intérêt commun, renforçant ainsi le tissu  social et répondant à un besoin fondamental de connexion.


Mais il ne faut pas se tromper, si le besoin de lien social, singulièrement dans le sport, est mieux incarné par les commerces que par les clubs associatifs alors quel sera l'avenir des clubs sportifs ?


Le propos ici n’est évidement pas de faire l’apologie du commerce, mais bien de poser les questions de 

- qui capte l'attention ?

- qui organise les activités ? 

- qui se développe ?

- qui croît ?

- et qui existe dans le paysage des pratiques sportives ?


Et ce, versus ceux qui restent sur leur quant à soi, attendent qu'on vienne à eux, espèrent des subventions pour continuer à vivre...

vendredi 24 février 2023

ET SI LA VOIRIE DEVENAIT UN ENJEU ÉCOLO-SPORTIF ?

Il faut décarboner le sport ! (#3)


L'une des manière de décarboner nos vies et nos villes c'est de substituer les déplacements en vélo aux déplacements en voiture. 


La plupart de nos déplacements sont sur des distances inférieures à 5 km, prendre la voiture est assurément une mauvaise habitude.


L'un des moyens d'encourager cette pratique plus vertueuse pour l'environnement et notre avenir commun, c'est de construire, aménager, organiser des pistes cyclables. De nombreuses collectivités territoriales, villes plus ou moins grandes, et autres agglomérations s'y sont mises. 


Et force est de constater que lorsqu'on entreprend de mettre un peu de sport dans nos vie quotidienne ça change la donne, la transformation se met en marche, d'un point de vue des émissions de gaz à effet de serre bien sûr mais également d'un point de vue de la santé de chacun d'entre nous.


Mais on peut aller encore plus loin comme nous le montre la commune de Gouda en Hollande Méridionale, qui expérimente la mise en place de pistes cyclables en plastique domestique recyclé et recyclable - là.


72% moins gourmande en énergie pour les construire que des pistes cyclables en bitume, 80% d'économie de transport (ça ne pèse pas très lourd !), ces pistes en plastique ont en outre une caractéristique intéressante. Creuses, elles améliorent, en effet, le drainage local et permettent de stocker temporairement de l'eau en cas d'inondation (300 litres/m2) - voir Plastic Road.


Ça se tente une affaire comme celle-là quand on est responsable d'une commune et qu'on ambitionne de changer la vie de ses concitoyens, de prendre sa part dans l'effort collectif pour améliorer l'expérimentation est prévue pour trois ans, nous verrons bien si cela est positif, très positif voire même très très positif (je sais je suis un indécrottable optimiste).


Et la question qui vient tout de suite, qui pour mettre en oeuvre ce type de pistes ? 


Les industriels spécialistes de la voiries ? 


Les aménageurs sportifs comme nos bons camarades de Playgones ? 


Le sport comme accélérateur pour penser les transitions : 

- Transitions dans les villes 

- Transitions dans les mobilités

- Transitions liées à la santé et au rapport au corps. 

- Transitions liées au travail.