lundi 1 juin 2026

MESOPRAXIS ®

Durant trois posts, j'ai cheminé :

Du sport du presque rien à la médiance puis à l'arpenteur.


Une conviction : le sport peut cesser d’être une machine à extraire la performance d’un milieu passif. Il peut devenir une pratique d’attention, d’habitation, de mesure réciproque entre le corps et le monde. 


Mais il manquait un nom pour l’action elle-même. « Sport du presque rien » était une belle formule d’attente, poétique, juste, mais silencieuse sur ce qu’on fait précisément. Il fallait un mot qui ne soit pas une métaphore, mais un nom pour ce qui se fait. 


Mésopraxis ® est ce nom. 


- Mésos : le milieu. (en référence aux travaux d'Augustin Berque)

- Praxis : l’action qui porte sa fin en elle-même.


La mésopraxis ® : l’agir qui fait advenir le milieu.


Elle ne vainc pas des distances, elle densifie des liens car elle n’extrait pas, elle tisse. 


Pourquoi ce mot est-il urgent ? 

Parce que le sport contemporain est un enfant du XXe siècle. Ressources illimitées, progrès linéaire, domination technique.

Son récit : repousser ses limites, vaincre des distances, optimiser son corps.


Ce récit s’épuise. Comme nous l’avons vu au début de ce cycle, ce n’est pas l’athlète qui flanche, c’est le modèle. Les défis du XXIe siècle sont d’une autre nature : habiter un monde qui se rétracte, soutenir une vie qui se précarise, construire le sens.

Courir plus loin, plus vite, plus fort peut rester une joie. Cela ne peut plus tenir lieu d’horizon.


La mésopraxis ® se propose d’habiter un monde fini. Mais alors, faut-il abandonner le sport du XXe siècle ? L’ajouter comme une option de plus ?

Ni l’un ni l’autre. Une troisième voie est possible : une créolisation.


Le mot vient d'Édouard Glissant. La créolisation, qu'il a pensée à partir de l'expérience antillaise, ce n'est ni un mélange, ni un renoncement, c'est une mise en relation qui transforme tous les éléments, et dont le résultat est imprévisible.


La mésopraxis ® ne remplace pas le sport. Elle le créolise.

- Le coureur n’abandonne pas son chrono. Il y ajoute une résonance avec le monde.

- Le territoire n’est plus un décor à traverser, il devient un partenaire.

- La performance n’est plus la mesure souveraine, elle reste une mesure parmi d’autres.


Personne ne sait à l’avance ce que cette créolisation produira, c’est sa force.


Mais quelque chose va naître, qui ne ressemblera ni au sport du XXe siècle, ni à une mésopraxis ® « pure ». 


La mésopraxis ® n’est pas une doctrine. C’est une invitation à entrer dans cette créolisation.


Nombre d'entre nous sont déjà engagés dans cette créolisation qui cherche son nom et vient peut-être de le trouver : mésopraxis ®