En termes de pratiques sportives, la Suisse se classe au 3e rang européen (Eurobaromètre 525). Donc lorsque la Suisse publie une grande enquête 2026 sur les pratiques sportives de sa population, cela mérite qu’on s’y attarde.
Notons quelques points intéressants :
Le rapport ne mesure pas le sport, il mesure ce que les gens appellent sport et ce n’est pas anodin !
Il reconnaît que la croissance des vingt dernières années s'est accompagnée d'un élargissement de la notion.
Il faut en tirer la conséquence : l'expansion des activités physiques et sportives peut être en partie liée à une inflation du mot, la stagnation constatée peut de la même manière, être en partie une déflation du mot.
Définir de façon précise et stable dans le temps le périmètre de ce que sont les pratiques sportives est important.
Aucun pays n'a vraiment tranché, le cas suisse suggère que la question n'est pas seulement technique...
Il y a désormais plus d’abonnés en salle que de membres de clubs dans la population suisse : 22% d'abonnés en fitness, 19% de membres de clubs.
Le rapport note que c’est une première inversion depuis 150 ans. Le détail importe plus que le seuil : les femmes restent à 15%, les hommes tombent de 28% à 22%. L'écart entre les sexes se réduit par la sortie des hommes adultes pourtant le rapport y voit une égalisation.
Dans le même temps, le domicile est le seul lieu de pratique en croissance.
Le sport quitte les espaces où il produisait de la rencontre.
Le rapport célèbre pourtant sa fonction intégratrice.
Pour combien de temps encore ?
De 4,5 à 3,7 sports cités par les répondants de l’enquête.
Une partie est un artefact, le rapport le dit : le passage massif au questionnaire mobile réduit les mentions.
Mais la fréquence de la pratique augmente quand le nombre de disciplines pratiquées baisse.
La musculation par exemple atteint cent jours par an.
On passe d'une polyvalence saisonnière à un geste répété, régulé par des applications plutôt que par le club pour 37% des sportifs, dont 2/3 les utilisent pour enregistrer leurs performances. Les blessures glissent d'ailleurs de l'accident vers la surcharge chronique...
81% des agriculteurs satisfont aux recommandations d'activité physique, 30% se disent très sportifs. Le tertiaire fait moins bien objectivement et se déclare bien davantage. Il semblerait qu’un corps qui travaille ne compte pas, tandis qu’un corps qui s'entraîne compte : que veut-on compter en matière d’activités physiques et sportives ? Et en matière de politique publique de santé ?
Le rapport conclut à la fin du boom du sport.
Il constate peut-être seulement la fin de l'extension d'un mot.
Un chiffre pour finir.
La Suisse romande compte 22% de non-pratiquants, la France 45%.
Une population francophone dans un cadre institutionnel suisse se comporte comme une population suisse.
Ce que nous appelons culture est peut-être surtout affaire d'équipements, de revenu et d'accès.
