samedi 30 mai 2026

LA MEDIANCE

Le sport moderne nous a appris à traverser des territoires. 


Il faudrait peut-être réapprendre à les habiter.


Dans un précédent post, je parlais d’un « sport du presque rien » : une pratique sans chrono, sans performance extérieure, où le corps redevient capteur d’imperceptible.


Cette proposition d'un "sport du presque rien" s’est construite peu à peu, notamment à la lecture d'Augustin Berque, géographe et philosophe.


Berque, en traduisant Watsuji Tetsurō, nous a fait découvrir le fūdo : cette pensée japonaise selon laquelle je ne suis pas un sujet face à un environnement. 


Je suis le moment d’un milieu qui me constitue autant que je le constitue.


La frontière entre moi et le lieu ? Une convention, pas une donnée.


Le sport contemporain a oublié cela. 


Il s’est construit sur la séparation : un athlète contre le milieu, une performance extraite du lieu et attribuée au seul corps. Le GPS, le chrono, le classement mesurent ce qu’un corps fait contre un lieu. Jamais ce qu’il fait avec.


Mais imaginons l’inverse. 


Imaginons un footing sur le GR34, sans montre. La marée descendante nous dit quelque chose sur notre propre lenteur. La lumière rasante de février sur les ajoncs modifie notre cadence sans que nous en décidions.


Nous rentrerons non pas plus forts, mais légèrement autre. Parce que le lieu, en passant à travers nous, nous aura déplacés.


Berque appelle cela la médiance. Cette expérience n’a jamais vraiment trouvé sa place dans le champ sportif.


Il serait peut-être temps de l'y inviter.