Notre camarade Patrick Bayeux, signalait il y a peu un appel à manifestation d'intérêt relatif au déploiement d'une formation-action sur le climat destinée aux décideurs du sport - voir là.
C'est toujours intéressant de voir comment les gens qui nous dirigent pensent les sujets qui nous concernent.
Le programme assume de ne pas former des experts du climat mais des décideurs.
Le climat entre dans le sport par la gouvernance. C’est cohérent avec une mesure copilotée par l’État, le mouvement sportif et les élus locaux.
Mais c’est aussi un choix qui dit où l’on pense que se situe la capacité d’adaptation.
Le changement climatique est le cas le plus littéral de transformation d’une pratique par son milieu.
Or le texte pense le milieu comme un aléa extérieur qui «affecte les conditions de pratique».
Il ne le pense jamais comme constitutif de la pratique.
On rappellera que pour la voile, le ski, le trail, l’eau libre, entre autres, le milieu n’est pas le décor de l’activité, il en est une part considérable du sens.
Mais le plus intéressant ici c’est que le corps disparaît précisément là où il est le plus exposé.
C’est donc un programme consacré à l’adaptation au changement climatique, dont le premier symptôme cité est la multiplication des épisodes de forte chaleur, mais qui ne mentionne ni le pratiquant, ni l’athlète, ni l’entraîneur !!!
Les effets sont pensés sur les équipements, les événements, les modèles économiques.
Le corps qui transpire, qui s’acclimate, qui renonce à un horaire ou à une saison n’apparaît nulle part.
Les entraîneurs, les cadres techniques et le haut niveau sont absents des publics visés.
Or ce sont eux qui ont déjà développé des savoirs d’adaptation : protocoles d’acclimatation, déplacement des créneaux, réorganisation des calendriers, lecture fine des conditions.
Le programme suppose que la connaissance descend des décideurs vers le terrain.
Il ignore qu’une part de l’adaptation est déjà en cours en bas, et qu’elle pourrait remonter.
Enfin, une clause étrange : les structures s’engagent à ne pas « s’inspirer » des contenus en dehors du déploiement et à ne pas en modifier la substance.
Nous avons donc ici un savoir produit sur fonds publics pour être diffusé a priori largement puisque tous les acteurs du sport en France sont de fait concernés par ce sujet, et qui est verrouillé comme un actif propriétaire.
Curieux...



