samedi 17 octobre 2026

QUAND LE CNOSF PENSE LE CLIMAT... MAIS OUBLIE LE CORPS

Notre camarade Patrick Bayeux, signalait il y a peu un appel à manifestation d'intérêt relatif au déploiement d'une formation-action sur le climat destinée aux décideurs du sport - voir là.


C'est toujours intéressant de voir comment les gens qui nous dirigent pensent les sujets qui nous concernent.


Le programme assume de ne pas former des experts du climat mais des décideurs. 


Le climat entre dans le sport par la gouvernance. C’est cohérent avec une mesure copilotée par l’État, le mouvement sportif et les élus locaux. 


Mais c’est aussi un choix qui dit où l’on pense que se situe la capacité d’adaptation.


Le changement climatique est le cas le plus littéral de transformation d’une pratique par son milieu. 


Or le texte pense le milieu comme un aléa extérieur qui «affecte les conditions de pratique». 


Il ne le pense jamais comme constitutif de la pratique. 


On rappellera que pour la voile, le ski, le trail, l’eau libre, entre autres, le milieu n’est pas le décor de l’activité, il en est une part considérable du sens.


Mais le plus intéressant ici c’est que le corps disparaît précisément là où il est le plus exposé.


C’est donc un programme consacré à l’adaptation au changement climatique, dont le premier symptôme cité est la multiplication des épisodes de forte chaleur, mais qui ne mentionne ni le pratiquant, ni l’athlète, ni l’entraîneur !!!


Les effets sont pensés sur les équipements, les événements, les modèles économiques. 


Le corps qui transpire, qui s’acclimate, qui renonce à un horaire ou à une saison n’apparaît nulle part.


Les entraîneurs, les cadres techniques et le haut niveau sont absents des publics visés. 


Or ce sont eux qui ont déjà développé des savoirs d’adaptation : protocoles d’acclimatation, déplacement des créneaux, réorganisation des calendriers, lecture fine des conditions. 


Le programme suppose que la connaissance descend des décideurs vers le terrain. 


Il ignore qu’une part de l’adaptation est déjà en cours en bas, et qu’elle pourrait remonter.


Enfin, une clause étrange : les structures s’engagent à ne pas « s’inspirer » des contenus en dehors du déploiement et à ne pas en modifier la substance. 


Nous avons donc ici un savoir produit sur fonds publics pour être diffusé a priori largement puisque tous les acteurs du sport en France sont de fait concernés par ce sujet, et qui est verrouillé comme un actif propriétaire. 


Curieux...


jeudi 1 octobre 2026

QUAND LE CORPS EST UNE FOIS DE PLUS OUBLIÉ

Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan propose un nouveau «plan Freycinet» pour adapter les infrastructures françaises aux défis de 2050. 


Mais dans cette réflexion consacrée aux usages, à la santé, à la qualité de vie et à la cohésion territoriale, le sport et le corps restent une nouvelle fois absents.


La mission présidée par Michel Lalande recommande de privilégier l’entretien, la régénération, la modernisation ou la reconversion des infrastructures existantes avant toute construction nouvelle. 


Elle entend ainsi passer d’une logique de développement massif des équipements à une politique centrée sur leur valeur, leurs usages et les services rendus. Cette politique serait portée par une planification associant davantage l’État et les Régions.


Les quatre grandes priorité du Plan. 

- 1 - Protéger la nature : mieux reconnaître et intégrer les « infrastructures naturelles » critiques pour la Nation dans la conception et les choix des infrastructures.

- 2 - Pérenniser les infrastructures existantes qui demeurent pertinentes : garantir une continuité de services de l’ensemble des infrastructures dans un monde à +4 °C.

- 3 - Mettre les infrastructures au service de nouveaux usages et services décarbonés.

- 4 - Des infrastructures créatrices de valeur : mieux capter la valeur des flux européens et internationaux croissants sur nos infrastructures nationales.


Le rapport ne consacre pourtant aucune place au sport ou aux activités physiques, tandis que le corps n’y apparaît pas comme un enjeu d’aménagement. 


Les mobilités actives sont évoquées, mais sous le seul angle des transports. 


Les équipements sportifs, les espaces publics favorables à l’activité physique et le rôle des clubs dans la cohésion et la résilience des territoires restent hors champ. 


Cette omission prolonge celle déjà constatée dans les scénarios 2050 du Sénat (Juin. 13, 2026 Quelle place pour les activités physiques et sportives dans les scénarios 2050 du Sénat ?) : la prospective continue d’imaginer les territoires, leurs infrastructures et leurs usages sans véritablement penser les corps qui les habitent.


Voir : Comment peut-on prétendre penser le futur en oubliant le corps ?

mardi 29 septembre 2026

COMMENT PEUT-ON PRÉTENDRE PENSER LE FUTUR EN OUBLIANT LE CORPS ?

À Amsterdam, en 2035, l'eau du robinet n'est plus potable. Devant une bouteille d'eau minérale, chacun doit choisir entre boire et se laver. 


La scène est tirée du rapport de prospective d'AXA, "What if… we experienced the future ?" 


C'est un beau document, audacieux dans sa forme.


Il repose sur 5 mégatendances : géopolitique, climat, fragmentation sociale, démographie, technologie. 


Le corps n'y figure pas !! 


Pas une ligne, pas une catégorie !


Pourtant, tous ces futurs finissent dans un corps. 


La soif à Amsterdam. 


La chaleur à Riyad, où les tours deviennent des fours de verre. 


L'inflammation à Londres, mesurée chaque matin du bout du doigt. 


Aux Antilles, un père qui ne dort plus et attend à la radio le nom de ses enfants. 


Les tendances décrivent des forces, le corps est l'endroit où elles arrivent et deviennent une expérience.


Un assureur le sait mieux que personne : chaque sinistre finit par être vécu par quelqu'un.


Le rapport contient même la moitié de la réponse. 


Gael Musquet, hacker et météorologiste, y explique qu'on ne prépare pas une population à un tsunami en l'informant. On la prépare en la faisant s'exercer jusqu'à ce que chacun réagisse d'instinct. La prévention la plus robuste ne se range pas dans un fichier, elle est affaire de gestes.


Le sport fait cela depuis toujours. 


S'entraîner, c'est répéter l'improbable pour que le corps le connaisse avant qu'il arrive. 


Savoir nager ne figure dans aucun modèle de risque, c'est pourtant l'une des formes de résilience les plus sûres qu'une société puisse transmettre.


Le rapport soulève aussi, sans le vouloir, une autre question.


À Londres, Robin guérit sous un patch qui le mesure en permanence. 


À Riyad, un système conçu pour protéger finit par tenir la décision humaine pour une menace. 


Plus nous confions le corps aux données, plus il devient précieux de préserver ce qu'il sait sans elles.


Qu'est-ce qu'un corps capable dans un monde plus chaud, plus assisté, plus vieux ? 


Qui transmet les gestes qui sauvent quand la mémoire des catastrophes s'efface ? 


Ce sont des questions de santé, d'éducation et de milieu. Ce sont aussi des questions de risque.


Nous au sein du Prospective Sport Lab ®, nous travaillons depuis plusieurs années sur ce corps qui sait.

lundi 31 août 2026

CET ÉTÉ, NOUS AVONS TRAVAILLÉ SUR CES HYPOTHÈSES

Tout au long de l’été, nous avons exploré des hypothèses prospectives toute simples entre privatisation de l’air frais, géopolitique thermique, fiction prospective autour de Nike, désobéissance écologique et réinventions la performance sportive.

Voilà, les 20 analyses qui dessinent le visage du sport de demain.


1. L’ombre comme nouvelle ressource économique

2. Nike comme cas d’étude, entre critique et fiction

3. Le sport déjà déconnecté du climat réel

4. Vers un sport qui protège plutôt qu’il ne consomme

5. Trois nouvelles métriques pour mesurer la performance

On vous laisse tranquillement y réfléchir.