jeudi 1 octobre 2026

QUAND LE CORPS EST UNE FOIS DE PLUS OUBLIÉ

Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan propose un nouveau « plan Freycinet » pour adapter les infrastructures françaises aux défis de 2050. 


Mais dans cette réflexion consacrée aux usages, à la santé, à la qualité de vie et à la cohésion territoriale, le sport et le corps restent une nouvelle fois absents.


La mission présidée par Michel Lalande recommande de privilégier l’entretien, la régénération, la modernisation ou la reconversion des infrastructures existantes avant toute construction nouvelle. 


Elle entend ainsi passer d’une logique de développement massif des équipements à une politique centrée sur leur valeur, leurs usages et les services rendus. Cette politique serait portée par une planification associant davantage l’État et les Régions.


Les quatre grandes priorité du Plan. 

- 1 - Protéger la nature : mieux reconnaître et intégrer les « infrastructures naturelles » critiques pour la Nation dans la conception et les choix des infrastructures.

- 2 - Pérenniser les infrastructures existantes qui demeurent pertinentes : garantir une continuité de services de l’ensemble des infrastructures dans un monde à +4 °C.

- 3 - Mettre les infrastructures au service de nouveaux usages et services décarbonés.

- 4 - Des infrastructures créatrices de valeur : mieux capter la valeur des flux européens et internationaux croissants sur nos infrastructures nationales.


Le rapport ne consacre pourtant aucune place au sport ou aux activités physiques, tandis que le corps n’y apparaît pas comme un enjeu d’aménagement. 


Les mobilités actives sont évoquées, mais sous le seul angle des transports. 


Les équipements sportifs, les espaces publics favorables à l’activité physique et le rôle des clubs dans la cohésion et la résilience des territoires restent hors champ. 


Cette omission prolonge celle déjà constatée dans les scénarios 2050 du Sénat (Juin. 13, 2026 Quelle place pour les activités physiques et sportives dans les scénarios 2050 du Sénat ?) : la prospective continue d’imaginer les territoires, leurs infrastructures et leurs usages sans véritablement penser les corps qui les habitent.


Voir : Comment peut-on prétendre penser le futur en oubliant le corps ?

mardi 29 septembre 2026

COMMENT PEUT-ON PRÉTENDRE PENSER LE FUTUR EN OUBLIANT LE CORPS ?

À Amsterdam, en 2035, l'eau du robinet n'est plus potable. Devant une bouteille d'eau minérale, chacun doit choisir entre boire et se laver. 


La scène est tirée du rapport de prospective d'AXA, "What if… we experienced the future ?" 


C'est un beau document, audacieux dans sa forme.


Il repose sur 5 mégatendances : géopolitique, climat, fragmentation sociale, démographie, technologie. 


Le corps n'y figure pas !! 


Pas une ligne, pas une catégorie !


Pourtant, tous ces futurs finissent dans un corps. 


La soif à Amsterdam. 


La chaleur à Riyad, où les tours deviennent des fours de verre. 


L'inflammation à Londres, mesurée chaque matin du bout du doigt. 


Aux Antilles, un père qui ne dort plus et attend à la radio le nom de ses enfants. 


Les tendances décrivent des forces, le corps est l'endroit où elles arrivent et deviennent une expérience.


Un assureur le sait mieux que personne : chaque sinistre finit par être vécu par quelqu'un.


Le rapport contient même la moitié de la réponse. 


Gael Musquet, hacker et météorologiste, y explique qu'on ne prépare pas une population à un tsunami en l'informant. On la prépare en la faisant s'exercer jusqu'à ce que chacun réagisse d'instinct. La prévention la plus robuste ne se range pas dans un fichier, elle est affaire de gestes.


Le sport fait cela depuis toujours. 


S'entraîner, c'est répéter l'improbable pour que le corps le connaisse avant qu'il arrive. 


Savoir nager ne figure dans aucun modèle de risque, c'est pourtant l'une des formes de résilience les plus sûres qu'une société puisse transmettre.


Le rapport soulève aussi, sans le vouloir, une autre question.


À Londres, Robin guérit sous un patch qui le mesure en permanence. 


À Riyad, un système conçu pour protéger finit par tenir la décision humaine pour une menace. 


Plus nous confions le corps aux données, plus il devient précieux de préserver ce qu'il sait sans elles.


Qu'est-ce qu'un corps capable dans un monde plus chaud, plus assisté, plus vieux ? 


Qui transmet les gestes qui sauvent quand la mémoire des catastrophes s'efface ? 


Ce sont des questions de santé, d'éducation et de milieu. Ce sont aussi des questions de risque.


Nous au sein du Prospective Sport Lab ®, nous travaillons depuis plusieurs années sur ce corps qui sait.

lundi 31 août 2026

CET ÉTÉ, NOUS AVONS TRAVAILLÉ SUR CES HYPOTHÈSES

Tout au long de l’été, nous avons exploré des hypothèses prospectives toute simples entre privatisation de l’air frais, géopolitique thermique, fiction prospective autour de Nike, désobéissance écologique et réinventions la performance sportive.

Voilà, les 20 analyses qui dessinent le visage du sport de demain.


1. L’ombre comme nouvelle ressource économique

2. Nike comme cas d’étude, entre critique et fiction

3. Le sport déjà déconnecté du climat réel

4. Vers un sport qui protège plutôt qu’il ne consomme

5. Trois nouvelles métriques pour mesurer la performance

On vous laisse tranquillement y réfléchir.

samedi 22 août 2026

ON PARLE DE QUOI QUAND ON PARLE DE SPORT AUJOURD'HUI ?

Notre compère Patrick Bayeux attire notre attention sur l'évolution des licences en France entre 2016 et 2025 là .


C'est à mettre en relation avec l'étude Suisse dont nous parlions avec « c’est quoi mesurer la pratique sportive ? »


Un agriculteur suisse est physiquement actif. 81% des agriculteurs satisfont aux recommandations nationales d'activité physique. 59% atteignent le niveau que les épidémiologistes appellent entraîné. 30% se déclarent très sportifs. Une proportion équivalente se déclare non sportive.


L'employé de bureau fait objectivement moins bien mais se compte parmi les sportifs.


Ce chiffre ne dit pas que l'un se trompe et l'autre raison. 


Il dit que le mot par lequel nous organisons toute une politique publique ne désigne pas un état du corps, il désigne une manière de qualifier son activité et cette manière est socialement située.


Le sport est né au milieu du XIXe siècle en Angleterre, dans les classes moyennes et supérieures. 


Le rapport suisse le rappelle pour expliquer que le gradient social ne s'est pas résorbé en 20 ans malgré l'ouverture des pratiques et les programmes d'encouragement.


Il rappelle ce fait et n'en tire rien.


Or ce fait est décisif. 


Une catégorie née dans un milieu porte le présupposé de ce milieu. 


Le sport suppose un temps séparé du travail, un corps qui s'entretient parce qu'il est peu sollicité ailleurs. 


Ce présupposé était invisible tant que la société qui le portait dominait. 


Il redevient visible quand elle cesse de tout recouvrir.


Nous n'avons pas construit un instrument neutre qui rencontrerait des inégalités d'accès. 


Nous avons universalisé une forme particulière et nous appelons inactifs ceux qui n'y entrent pas.


Cette forme perd du terrain, les chiffres sont disponibles.


En Suisse, 22% des adultes sont abonnés à une salle, 19% sont membres d'un club. 


Les courbes se sont croisées pour la première fois. La sortie est massive chez les hommes adultes, de 28% à 22% en 6 ans.


Le domicile est le seul lieu de pratique en croissance. 


La musculation progresse de 6 points en 6 ans et se pratique 100 jours par an. 


Elle ne relève d'aucune fédération !


Le sport le plus dynamique de la décennie n'existe dans aucun recensement français des licences.


La compétition est passée de 20% à 16% des pratiquants et la motivation de performance ne concerne plus qu'un sportif sur dix.


Pendant ce temps, la France compte ses licences et les trouve en hausse.


Un indicateur oriente la dépense vers ce qu'il sait voir et rend invisible le reste. 


Ce n'est pas un défaut technique, c'est sa fonction.


Nous finançons donc ce que nous comptons et nous comptons une appartenance institutionnelle.


La conséquence est double, elle est déjà mesurable. 


Nous surestimons ce que l'offre peut produire puisque nous ne voyons aucun des obstacles qui ne relèvent pas de l'offre. 


Et nous produisons une population statistiquement inactive dont l'activité physique est réelle mais ne se laisse pas nommer dans notre langue.