lundi 25 mai 2026

SÉDENTAIRE OU SÉDENTARISÉ ?

Sédentarité ou sédentarisé ?


Le premier mot accuse la victime


Le second cherche le coupable.



« Sédentaire » se dit comme « grand » ou « mince ». 


Un état, une nature, presque un trait de caractère. 


Et la conclusion, facile et paresseuse, vient toute seule : si vous ne bougez pas assez, c'est votre faute. 


Bougez davantage. La faute vous revient, le remède aussi.


Mais regardons une journée ordinaire, ce corps immobile, l'avons-nous vraiment choisi ?


La sédentarité n'est pas un état. 


C'est une opération.


On ne devient pas sédentaire comme on devient chauve. 


On est sédentarisé. 


Par une économie qui, depuis le XIXe siècle, a fait de chaque gain de notre immobilité un gain de sa productivité.


L'école assoit l'enfant. 


L'entreprise fixe le corps au poste de travail. 


L'écran rémunère celui qui reste immobile le plus longtemps.


Notre immobilité a été rentable. Elle l'est encore. Elle le restera. Voilà pourquoi personne ne la combat vraiment.


Mais comme il faut bien se donner bonne conscience, on stigmatise, c'est facile. 


C'est en tout cas plus facile que de s'attaquer aux racines du problème.


Ainsi, celui-là même qui nous a assis nous reproche d'être assis.


La prochaine fois qu'on vous dira simplement « bougez plus », posez la question : « Qui m'a assis ? »


Nommer le mécanisme, c'est déjà commencer à se lever.