jeudi 28 mai 2026

ENHANCED GAMES / INTÉGRITÉ

Le leitmotiv de nos institutions sportives face aux Enhanced Games : intégrité. 


Elles se posent en défenseuses résolues de l'intégrité du sport.


C'est l'argument le plus maladroit et le plus dangereux que les institutions sportives puissent employer... Pour elles !


Brandir l'intégrité comme un absolu, c'est tendre le bâton pour se faire battre.


Car le sport que nous organisons accepte déjà une augmentation considérable, pourvu qu'elle porte un autre nom.


Nous tolérons au quotidien :

- Les AUT de complaisance qui autorisent légalement la testostérone, les corticoïdes, ou les antiasthmatiques miraculeux de certaines équipes nationales.

- Les tentes hypoxiques : effet EPO sans la seringue.

- Les chaussures à plaque carbone, qui ont effacé des records que nul progrès humain n'est capable d'expliquer.

- La caféine, stimulant retiré de la liste des interdits en 2004, qui coule dans les veines de nombreux champions.

- ...


La frontière entre le permis et l'interdit n'est pas une frontière de nature. 


C'est une convention.


Elle est mouvante, historiquement datée, parfois arbitraire. 


Nous la déplaçons nous-mêmes, régulièrement, au gré des comités.


Aron D'Souza, le promoteur et initiateur de ces jeux, est avocat, il connaît parfaitement cette faille.


Toute sa stratégie consiste à provoquer notre indignation morale pour mieux la retourner. 


Plus le mouvement olympique crie à la trahison, plus il peut répondre : Quelle intégrité ? 


Celle de l'affaire Festina ? Celle du dopage d'État ? Celle des autorisations de complaisance que vous accordez à vos propres champions ?


Une institution qui réclame la pureté tout en vivant de son impureté ne défend pas le sport


Elle se discrédite. 


Et par effet boomerang, elle renvoie chacun à sa propre responsabilité.


Il y a pourtant une défense solide. Mais ce n'est pas celle de la pureté.


Le sport traditionnel ne défend pas un corps vierge contre un corps dopé. Il défend une ligne, conventionnelle et assumée, entre ce qu'il tolère et ce qu'il proscrit.


La question n'est donc pas : « Sommes-nous purs ? » Nous ne le sommes pas.


La seule question qui vaille : pourquoi traçons-nous la ligne ici, et que protégeons-nous en la traçant ?


La réponse tient en un mot. Les enfants !


L'adolescent de 13 ans qui rêve de podium. Qui regarde les corps augmentés célébrés comme des héros. Et qui croira demain devoir se doper pour réussir.


C'est le seul argument que D'Souza ne peut pas retourner. 


C'est aussi le seul qui mérite qu'on se batte. C'est là que doit être notre intégrité.

Une institution lucide est invulnérable. Une institution qui joue la vierge effarouchée a déjà perdu.


Alors cessons de nous indigner. 


Reconnaissons ce que nous sommes. 


Et tenons la ligne là où elle protège vraiment.