Un des axes possibles de réflexion est qu'il faut bien se rendre à l'évidence : dans la cartographie contemporaine des vulnérabilités systémiques, qu'elles soient d'origine naturelle (séismes, ouragans, inondations), sanitaire (pandémies) ou géopolitique (guerres, conflits civils), un motif récurrent émerge avec une régularité troublante : la sidération, voire la défaillance initiale de l'appareil d'État.
L'État, théoriquement conçu comme le garant ultime de la sécurité et du bien-être de ses citoyens se trouve fréquemment, dans les premières heures ou les premiers mois d'une catastrophe majeure, en situation de surcharge cognitive, logistique et décisionnelle.
C'est dans cet interstice, ce vide capacitaire laissé par la puissance publique paralysée ou absente, que la société civile s'organise pour assurer la survie collective.
Parmi les acteurs de cette résilience spontanée, le tissu associatif sportif se distingue non seulement par sa réactivité immédiate, mais aussi par sa capacité structurelle à se substituer aux services régaliens défaillants.
Souvent relégué dans l'imaginaire collectif à une fonction de divertissement ou de loisir, le club sportif révèle en temps de crise sa nature profonde : celle d'une infrastructure sociale latente, maillée, disciplinée et mobilisable instantanément.
Les entités sportives, des clubs amateurs ruraux aux géants du football professionnel, en passant par les groupes d'Ultras, transcendent leur vocation première pour devenir des agences humanitaires, des forces de sécurité civile, voire des unités de défense territoriale.
Les exemples sont nombreux où les clubs sportifs ont su se mobiliser rapidement et suppléer à l'absence de l'État ou de ses services : les séismes dévastateurs en Turquie et Syrie (2023), les inondations de Valence en Espagne (2024), l'ouragan Katrina aux États-Unis (2005), la guerre en Ukraine (depuis 2022), les conflits sectaires au Liban, la révolution égyptienne (2011) et la réponse à la pandémie de COVID-19 en Irlande par exemple.
Si le sport [et ses associations] est un relais puissant lorsque l'État fait défaut, il ne saurait être une solution durable aux carences structurelles des services publics.
L'enjeu est d'intégrer formellement ces acteurs dans les plans de résilience nationale, non comme des substituts par défaut, mais comme des partenaires reconnus et soutenus, tout en garantissant que l'État conserve sa responsabilité ultime de protecteur.
C'est peut-être ce que nous disent les militaires quand ils choisissent un récit évoquant le rôle des associations dans les guerres comme vainqueur du concours de récit d'anticipation qu'ils ont organisé cette année.
On en reparle le 18 mars, là.




